Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre IV (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 10 novembre 36

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 73–74 · chapitre 49 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

10 novembre 36.

Vraiment, je commençais à m'inquiéter de vous. D'après ce que vous m'aviez écrit, j'attendais de jour en jour le précieux manuscrit qui, enfin, est arrivé à bon port.

Mme Récamier est fort souffrante depuis une quinzaine de jours. De plus, il lui est survenu un petit contre-coup de la conspiration de Strasbourg. La duchesse de Saint-Leu et Mme Salvage sont immédiatement parties d'Arenenberg, en Suisse, où elles étaient établies. Mme de Saint Leu a débarqué je ne sais où, Mme Salvage est venue débarquer chez Mme Récamier. Un petit salon, une chambre à coucher. Mme Récamier obligée de rester au lit dans sa chambre. Mme Salvage s'est établie dans le salon où l'on a monté un lit.

Mme Récamier n'est pas rétablie, mais elle est beaucoup mieux. Quant au jeune Bonaparte, on n'a pas eu un seul instant d'inquiétude pour une fin tragique, mais sa mère n'en savait rien.

Ces dames vont partir. Mme Récamier va achever de se rétablir. L'Abbaye-aux-Bois rentrera dans l'ordre accoutumé.

J'ai entre les mains un ouvrage anglais du chevalier Davy. C'est un ouvrage philosophique dont vous avez peut-être entendu parler.

M. Paul David1, un des commensaux de l'Abbaye-aux-Bois, a eu un accident qui l'oblige à rester chez lui. Il lit le livre pour avoir un avis à donner, et je l'enverrai de suite à M. d'Hautefeuille.

(1) Paul David, neveu par alliance de M=e Récamier, était sous le Directoire attaché à la maison de banque Récamier. Il demeura un des fidèles de l'Abbaye et fut amoureux de sa tante... comme tous les autres. ↩

Je suis allé hier chez M. de Kergorlay. On m'a dit que les santés n'étaient pas mauvaises et que toute la famille ne reviendrait que vers la fin de janvier.

Je vais profiter des deux ou trois jours qui me restent encore libres pour lire avec soin ce que vous avez bien voulu m'envoyer.

On fait chez Didot les dispositions nécessaires pour l'impression. Il a la prétention de faire un ouvrage qui sorte de ligne. Mon papier est arrivé; il est tout ce qu'il y a de plus beau.

De mon côté, je fais mes dispositions de fonds. Des propriétés indivises avec ma pauvre sœur, et qui ne rendaient rien, se vendent. Je pourrai payer ce que je dois, faire les derniers frais que j'aurai à faire pour mes livres. Et j'entrerai dans un repos parfait.

Ma santé continue à être très bonne. Soignez bien toutes les vôtres.

Je fais, tant que je puis, la guerre aux lampes ; je suis convaincu que ce sont les lampes qui brûlent les yeux et détruisent la vue.

Vous me consternez en me disant que votre séjour de Paris est retardé. Je voudrais bien que le retard profitât un peu à la durée.

Mille et mille respectueuses tendresses.

Hébal.

On m'a parlé d'une fête qui a eu lieu à Saint-Vrain, d'un excellent discours de M. d'Hautefeuille qui a été dans les journaux et que je n'ai point vu.