Chapitre IV (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 6 juillet 36
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
6 juillet 36.
Voici que j'allais vous écrire quelques mots lorsque j'ai reçu votre lettre.
Je suis ravi de ce que vous me dites de Silvio Pellico. Je vous garderai le secret au sujet de Milton. Cela me sera d'autant moins difficile que je suis obligé de le garder pour moi-même. J'ai été confondu et cela est d'autant plus étonnant que j'en avais entendu beaucoup de choses. M. Lenormant et moi sommes les seuls qui n'ayons pas la tête tournée. Nous nous y accoutumerons peut-être. Je n'ai pas encore lu les deux volumes d'essais. Sans doute, je vous garderai le secret, mais attendez-vous à être vivement interrogée. Je dois vous dire cependant qu'il y a des passages rendus avec un rare bonheur, et que certaines témérités ont, à mon avis, parfaitement réussi. On ne peut savoir ce qui se passe, à cet égard, dans le public; car, ou il n'y a pas de public pour ces choses, ou ce public, s'il existe, n'a pas d'organe. Depuis quelque temps, j'ai été condamné à écrire beaucoup de lettres, ce qui m'a prodigieusement retardé pour tout. J'ai fait pour le Journal des Débats un article sur mon ami Ampère : ils l'ont depuis plus de huit jours, et ils ne l'ont pas encore inséré. Le fils s'occupe beaucoup de la mémoire de son père, et cette occupation lui fait grand bien.
Je ne saurais avoir une meilleure santé, mais celle de Mme Récamier ne s'affermit point. L'ennui commence à prendre M. de Chateaubriand. Il est maintenant question d'aller en Normandie chez Mme Lenormant qui y est rétablie.
Je suis haletant d'affaires de toutes sortes, et je finirai par me tirer de tout.
Je n'ai point perdu de vue ce que vous appelez votre vente. Le libraire déniché par M. Wilson y prend tout à f'ait. Il a été malade et c'est ce qui m'a empêché de vous en parler plus tôt.
Faites reprendre le manuscrit losque vous voudrez. Travaillez, travaillez. Tâchez d'être prête pour le mois d'octobre. A cette époque, je pourrai m'en occuper sérieusement, et je pense que ma revision ne me prendra pas beaucoup de temps. Dans tous les cas, je me mettrai en mesure pour y donner tout le temps qui sera nécessaire.
On travaille à remettre à flot Ladvocat, et comme ce sont des amis qui y travaillent, il sera notre homme si l'autre manque.
Mais c'est un repos de savoir qu'un éditeur est tout à fait conquis par le bon bout, c'est-à-dire après avoir lu lui-même.
Vous pouvez être certaine qu'il ne sait que ce que je lui ai dit, et que tout est entre lui et moi.
Mille et mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
J'espérais un peu que vous seriez moins effarouchée du système de traduction; je redoutais la sévérité de M. d'Hautefeuille, mais je comptais un peu sur vos éblouissements. Il est écrit là-haut que nous sentirons de même sur toutes choses. Mais, cette fois-ci, nous sommes tenus de nous garder mutuellement le secret. Ainsi, à présent, nous avons un secret entre nous.