Chapitre VI (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 7 août 37
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
7 août 37.
Voici un M. Chaudes-Aiguës, dans la Revue de Paris, qui divague comme M. Souvestre1. Mais au moins M. Souvestre avait cité. Je vous l'ai déjà dit, c'est une dure parole que le mot expiation. On a l'air de croire à une réaction préméditée. Et M. de Carné aurait bien fait de s'abstenir de l'énoncer. Il fallait que la réaction fût dans le public et non dans vos amis. Il en résulte que les adorateurs des faux dieux veulent résister. Buloz combat pro aris et focis. Mais il ne faut pas que cette résistance vous inquiète; vous finirez par triompher. J'ai surpris un mari lisant Léa Cornelia à sa femme; et ils en étaient l'un et l'autre bouleversés. M. de Kergorlay, qui a eu la bonté de venir me voir ici, pense comme moi.
(1) Dans la Revue de Paris du ror août 1837, Chaudes Aigues avait écrit un article assez dur sur Léa Cornelia. ↩
Demain, M. Delloye met en vente la nouvelle édition de l'Ame exilée ; c'est avec les ailes de l'Ame exilée que nous ferons sortir Léa Cornélia du banc de sable où l'on voudrait la retenir.
Je ne suis point d'avis que vous vous mettiez sur les rangs pour le prix Monthyon. Cela se fera, si cela doit être fait.
Je n'ai point encore vu Mme Swetchine. Cela m'est assez difficile, car ma vie est arrangée d'une manière tout à fait incommode pour beaucoup de choses.
Mon grand intérêt est de me préparer au départ, s'il doit avoir lieu. Rien encore de décidé. Mme Récamier est mieux, mais il faudrait un mieux plus caractérisé pour un voyage. Si le voyage n'a pas lieu, elle s'établirait aux Néothermes pour l'hiver. Ce parti m'inquiéterait fort, en ce que ce ne serait qu'un pis aller. Bien entendu qu'on ne dit point cela et que l'on s'abstient même de le penser. Nous n'avons plus qu'un mois.
J'ai trouvé M. de Kergorlay fort attristé de la santé de Madame sa femme.
M. de Chateaubriand est toujours un peu souffrant; il va un peu mieux.
Vous travaillez à quelque chose d'important: pourriez-vous m'en dire quelques mots un peu significatifs?
Je revois les notes que j'avais faites pour l'introduction. Ces notes me confondent d'étonnement, et même de plus que cela. Elles sont en petit nombre, mais d'une grande puissance de création. Serai-je en état de les mettre en œuvre ?
Mme Récamier ne doute point de toute votre occupation d'elle. Mais nous ne causons point, et elle n'écrit pas.
Cette mauvaise encyclopédie que vous savez tend à sa palingénésie. Elle a commencé par abolir tout ce qui a été fait jusqu'à présent ; et pour mieux constater qu'elle veut se régénérer, elle recommence dans un format différent.
Vous m'avez parlé d'un projet de Revue. En voici deux nouvelles : la Revue française et étrangère et la Revue française. C'est bien assez de deux nouvelles Revues ; je ne crois pas qu'il y ait place pour une troisième. La Revue des Deux Mondes et la Revue de Paris me paraissent toucher une fin de bail. C'est un cycle clos. Ces deux Revues, pour continuer leur succès, devraient un peu songer à une palingénésie.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.