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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre III

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 29 janvier 1835

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 3 min de lecture · p. 40–41 · chapitre 21 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

29 janvier 1835.

Mon parti a été pris immédiatement, je n'avais aucune hésitation, mais il fallait que je le fisse adopter par mes amis. Or, ils n'ont pas tardé à comprendre que j'avais raison. Je me suis donc retiré de la candidature purement et simplement, sans condition, sans m'assurer aucune voix pour l'avenir, sans m'engager ni pour moi, ni pour ceux qui m'avaient porté. Seulement, comme sans l'opiniâtreté de M. de Chateaubriand, M. de Salvandy aurait été nommé, comme d'ailleurs M. de Salvandy appartient à ce que j'appelle la nouvelle Académie, j'ai cru qu'il y aurait convenance à ce que M. de Chateaubriand voulût bien engager sa voix à M. de Salvandy. M. de Chateaubriand a parfaitement senti cette convenance, et il s'est engagé pour cette fois seulement, puisque cette fois n'est que la consommation de l'élection manquée. Ensuite, il rentre dans sa liberté.

Quant à moi, je pense qu'Arnaud sera nommé. Si cela est ainsi, la vieille Académie se recrute d'une voix. M. Scribe, qui doit appartenir à la vieille Académie, sera reçu d'ici à une prochaine élection. Alors, la vieille Académie aura réellement acquis deux voix.

Si, contre mon attente, M. de Salvandy est nommé, je crois que M. Arnaud doit se retirer, parce qu'il perd ses chances.

Vous voyez que la crise est critique.

Si donc M. de Salvandy fait brèche, mon avis serait que M. Hugo et moi nous nous présentassions en même temps, avec la condition que les voix du côté faible iraient au côté fort, car, si nous nous présentions en même temps, ce ne devrait pas être pour nous nuire, mais pour nous appuyer.

Ce plan, je ne veux le communiquer qu'au moment même où s'ouvrira une nouvelle vacance, parce que, pour qu'il réussisse, il ne faut pas qu'il soit discuté auparavant.

D'ici là peut-être Victor Hugo aura un succès dramatique.

Remarquez, je vous prie, que quel que soit celui des deux qui pénètre, la révolution académique est opérée, et c'est là l'essentiel.

Dans le cas où M. Arnaud entrerait, je conseillerais à M. Hugo de ne pas encore se présenter, et d'attendre la seule circonstance où je pourrais me présenter convenablement.

Et cette circonstance serait la mort de M. de Bonald. Dans ce cas, je conseillerais à M. Hugo de me laisser présenter seul pour lui ouvrir la voie.

Vous voyez qu'à présent je joue à l'Académie comme aux échecs. Les choses ainsi réduites à être une simple partie d'échecs, c'est assez amusant. Il n'y a plus que l'intérêt du jeu.

Maintenant que je vous dise. Je suis devenu désintéressé dans cette partie. Je la laisse en quelque sorte jouer par le public. Le succès que je pouvais désirer est obtenu. Ma candidature, à mon avis, a réussi en dehors de l'Académie. Je voudrais que M. de Salvandy passât, uniquement pour réparer le tort que je lui ai fait; je l'espère un peu, mais pas beaucoup. Mais cela est assez indifférent en soi. Tôt ou tard, le xviiie siècle sera chassé de tout pour faire enfin place au xIxe siècle.

Voici bien des explications. Une chose qui me tient beaucoup plus au cœur, c'est ce nouveau jour psychologique que je vois se lever à Saint-Vrain. Ceci est plus important que vous ne croyez. Je vous en parlerai une autre fois. Ayez confiance et travaillez.

Je suis par la pensée au sein de l'ermitage.

Hébal.