Chapitre VI (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 26 septembre 37
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
26 septembre 37.
Je suis allé, un de ces jours, à Boulogne, j'espérais y voir la Revue. Le baron ne l'avait pas, je ne l'ai pas reçue, et je ne sais personne qui la reçoive. Je suis allé à Paris avec l'intention de la chercher dans quelque cabinet littéraire ; mais, étant toujours pressé, je ne l'ai pas encore vue. Ainsi, pour le moment, je ne puis pas avoir d'avis. J'avoue que j'avais quelque confiance en cet article, mais ce que vous m'en dites ne m'étonne point. J'ai rencontré aujourd'hui Saint-Chéron qui m'a promis de m'envoyer l'article de Mme Bazard. J'ai rencontré, il y a quelques jours, M. de Chazot que j'ai trouvé dans un véritable enthousiasme de l'Ame exilée; il a fait un article pour un journal légitimiste, l'Europe ; il va lire Léa Cornelia à la même intention. J'espère avoir dirigé son impression, chose qui, je crois, était assez nécessaire.
Mme Récamier est, en ce moment, fort souffrante, mais sans qu'il y ait lieu à inquiétude nouvelle. La situation est la même et l'opinion de spasmes nerveux devient de plus en plus assurée. La grande question était de savoir comment se passerait l'hiver. M. Andral voyait de graves inconvénients à l'Abbaye-aux-Bois. En conséquence, nous nous sommes mis en quête d'un appartement convenable pour passer l'hiver le moins mal possible. Au milieu de toutes ces délibérations, est survenu le baron Pasquier, qui vient de s'établir au Luxembourg, et dont l'appartement de la rue d'Anjou était complètement libre. Il a offert cet appartement avec toute sorte de grâce et d'insistance. Il est bien clos, bien tranquille, et paraît très convenable, d'après le rapport de Mme Lenormant. M. Andral le verra. Mme Récamier, qui avait été fort touchée de l'offre de M. Pasquier, sans avoir d'abord le mouvement de l'accepter, a fini par se rendre. Nous avons tous pensé qu'il serait difficile, à force de recherches, de rien trouver de mieux. Mme Pasquier a joint ses insistances à celles de son mari. M. Auguste Pasquier s'en est mêlé de tout cœur1. En vérité, il n'y avait pas moyen de résister à une obligeance si persévérante. Nous voici donc jetés dans le faubourg Saint-Honoré. Moi, je garde mon appartement de la rue de Sèvres, mais il me paraît difficile que je puisse me passer d'un pied-à-terre dans le voisinage de la rue d'Anjou. Je verrai. Comme je suis très convaincu que le séjour de l'Abbaye-aux-Bois a été calamiteux ces deux derniers hivers, il y a longtemps que j'ai désiré que Mme Récamier en sortît. Ceci va sans doute changer toutes nos habitudes. Il n'est question encore que de cet hiver. On croit que de nouvelles dispositions pourraient rendre l'Abbaye habitable pour Mme Récamier. J'avoue que j'ai peine à le croire. Ainsi, nous serons dans le cas de chercher, mais nous avons l'hiver devant nous. Une autre complication est celle de M. de Chateaubriand. Sa santé n'est pas bonne. Celle de Mme de Chateaubriand est mauvaise. Il est impossible qu'elle continue à porter le fardeau de Marie-Thérèse. Voilà donc une détermination à prendre. Que feront-ils l'un et l'autre ? Où iront-ils ? Où irons-nous ?
(1) Auguste Pasquier était le frère du chancelier. ↩
Quant à moi, je suis entré dans de grandes incertitudes. Je veux, à tout prix, imprimer cet hiver, parce qu'ensuite je ne saurais quand j'imprimerais. Mais qu'imprimer ? Sous quelle forme ? Je suis loin d'être fixé à cet égard.
Il me semblait que vous deviez venir à Paris dans le mois prochain. J'imagine que vous viendrez encore au Bon Lafontaine. Mais à un autre voyage, n'y aurait-il pas moyen de trouver dans le voisinage de Mme Swetchine et de M. de Lamartine ? Ce point serait intermédiaire entre la rue de la Planche, la rue de Sèvres et le faubourg Saint-Honoré.
Tout ceci est moment difficile à passer.
Mais l'essentiel me paraît à l'abri; je suis persuadé que cet hiver la santé de Mme Récamier s'améliorera assez pour prendre un parti définitif pour l'année prochaine. Je persiste à croire qu'alors un voyage, soit celui des Pyrénées, soit celui d'Italie, pourra être favorable.
Je ne veux pas vous écrire plus longtemps aujourd'hui; il me semble que voilà assez de nouveau pour une fois.
Mille et mille tendres amitiés.
Hébal.