Chapitre XIII (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 3 juin 1847
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
J'ai reçu de bonnes nouvelles de Justin Maurice, et je lui ai écrit hier. Je lui ai donné des nouvelles de M. d'Hautefeuille dont je sens bien vivement la tristesse que doit lui faire à lui et à vous tous le refus d'action de ses pauvres jambes. Je crois cependant qu'il n'en est pas arrivé au point où en est M. de Chateaubriand depuis assez long-temps, ce qui ne l'a pas empêché d'entreprendre un petit voyage. Avant-hier, il est parti pour Malesherbes avec M. Vertamy. Hier, Mme Récamier a reçu de ses nouvelles, de Fontainebleau. Elles sont très bonnes. C'est M. Vertamy qui a écrit quelques mots, car M. de Chateaubriand est absolument privé de toute faculté d'écrire. Le jour de l'élection d'Ampère, c'est moi qui ai écrit son bulletin.
Mme Récamier a été très souffrante tous ces jours-ci. Ce matin, on m'en donne de meilleures nouvelles. Hier, elle était assez découragée, ce qui lui arrive quelquefois. Elle ne peut s'empêcher, de temps en temps, de trouver l'épreuve un peu longue. Cependant je crois que la situation continue d'être bonne, et que la vue existe. Déjà elle a l'impar faite perception de la couleur, la forme est encore bien confuse. Plusieurs personnes ont subi, en même temps, la même opération, et toutes passent par les mêmes délais, mêlés des mêmes vicissitudes.
Je n'ai pas encore lu l'Histoire des Girondins, mais j'en connais assez pour être réellement affligé pour M. de Lamartine, effrayé pour ce que ce livre peut créer de tristes préjugés. J'ai bien toujours la pensée d'écrire un petit volume sur la Révolution, considérée à mon point de vue. Dieu sait si je pourrai exécuter ce projet venu si tard. La composition est à peu près formée dans ma tête, mais pourra-t-elle en sortir?
Sitôt que mon plan sera complet, je vous l'improviserai dans une lettre que vous conserverez comme vous avez conservé ce qui deviendra, plus tard, un livre important du nouvel Orphée.
Continuez de me donner de vos nouvelles et de celles de M. d'Hautefeuille. Dites-lui qu'il peut lire et écrire, ce qui est refusé à M. de Chateaubriand. Ce n'est pas la vue qui lui manque pour la lecture, c'est le goût même de la lecture.
M. d'Hautefeuille a donc des distractions très réelles qui manquent à M. de Chateaubriand.
Toutes mes tendresses.
Hébal.