Chapitre III (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 2 juin 1835
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Vous le savez bien, ce n'est pas la bonne envie qui me manque. Mes lettres s'empilent, et ma paresse augmente en raison des efforts que je fais pour la raison. Le temps a toujours été un grand maître pour moi; et toujours le temps a fini par venir à mon secours. Cette pauvre Ville des Expiations, je l'arrache de ses vieux fondements, je dis vieux, car à l'heure qu'il est, il y a près de vingt ans qu'elle a été faite une première fois. Je l'arrache donc de ses vieux fondements pour la soulever tout entière et la placer dans une sphère plus élevée. Savez-vous que de voir disparaître autour de moi de belles réputations si bien établies, me donne une fière tâche ? Dieu me soit en aide ! J'espère toutefois me présenter avec deux volumes de plus aux suffrages de l'Académie, d'ici à l'entrée de l'hiver. Vous comprenez bien que les suffrages de l'Académie sont ici pour vous faire rire dans votre solitude de Saint-Vrain. Et j'avoue qu'au fond, je songe peu à l'Académie, mais beaucoup à ce public qui grossit à vue d'œil, et qui va devenir très exigeant.
Je me suis mis à lire les Souvenirs d'Orient1. Hélas ! Vous avez trop raison. Mais nous n'y pouvons rien. J'attends la brochure promise de l'abbé de Lamennais. Je ne l'ai pas revu depuis notre fameux dîner. Nous nous sommes pourtant cherchés, mais je crains bien que ce ne soit pas avec assez d'ardeur. M. et Mme de Lamartine sont toujours excellents.
(1) Souvenirs d'Orient, par Henri Cornille. ↩
Puisque vous avez le projet de venir faire une pauvre petite apparition à Paris, tâchez que ce soit dans le courant de ce mois. Sans cela, vous courriez le risque de ne trouver personne. Comprenez-vous combien ce serait triste ?
J'ai eu le plaisir de voir M. de la Gervaisais. Il vous aime bien tendrement. Il vous plaint presque de ce que vous êtes obligée de ne pas vouloir le voir. Sa fureur augmente contre le genre humain, de ce que le genre humain n'est pas tout entier aux pieds de sa princesse. Dieu le préserve d'en devenir fou !
Je ne saurais vous dire à quel point vous avez réussi à l'Abbaye-aux-Bois. Vous y êtes fort aimée, en attendant que vous y soyez admirée. Je ne vous ai point trahie, mais j'espère bien qu'au moins votre solitude vous servira à cela. Nous serons votre premier public, et l'autre vous arrivera.
Je ne vous parle ni du procès, qui bientôt va cesser de nous occuper, ni de l'intervention qui va nous absorber un moment.
Et notre jeune poète, où en est-il?
Mille respectueux et tendres souvenirs à toute la petite Thébaïde, et songez que si je ne dis rien, je n'en pense pas moins.
Le vieux Hébal est à vos pieds.
Hébal.
Mme Récamier a vu Mme Swetchine. Moi, je l'ai vue plusieurs fois. J'ai souvent de ses nouvelles, lorsque je ne la vois pas. J'interroge beaucoup sur elle. Mes inquiétudes malheureusement ne diminuent point.
Il paraît que la santé de Mme de Kergorlay s'améliore.