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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre VII (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 28 avril 39

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 3 min de lecture · p. 137–138 · chapitre 96 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

28 avril 39.

Votre Jehanne me ravit. Entrez hardiment dans la pensée qu'Agnès Sorel représente la gloire humaine et royale, l'honneur comme on l'appelle: c'est notre idole actuelle. Par conséquent, vous rencontrerez des sympathies nationales, les seules de ce moment-ci. Mais réservez de plus hautes sympathies à votre véritable héroïne. C'est une idée providentielle qui s'est incarnée dans Jehanne. C'est l'idée de l'unité de la France que Michelet a si bien sentie. Ensuite, la France avait une mission à accomplir dans le monde. Charles VII a profité de l'enthousiasme de Jehanne ; il a même cru à l'intervention divine; mais il ne s'est véritablement associé qu'au sentiment bien vrai, et qui ne manque pas d'héroïsme et de grandeur, au sentiment patriotique d'Agnès. Le patriotisme d'Agnès est le patriotisme exalté et commun que tous sentent ; celui de Jehanne est un patriotisme inspiré qui ne se trouve qu'à la hauteur de la sphère religieuse. Tâchez de réaliser ces deux sortes de patriotisme, et que l'on sache bien que Charles VII n'avait que cette pauvre sorte de patriotisme qui laisse un peuple et un roi tuer ses prophètes. Notre dignité nationale, dont il est si souvent question dans nos Chambres, est à cette triste espèce. Nous avons tout juste le patriotisme d'Agnès et de Charles ; nous sentons la gloire humaine et vaniteuse comme ces deux faibles créatures.

Pourquoi ne feriez-vous pas un ciel où vous placeriez le déroulement des destinées anglaises et des destinées françaises ?

Il s'agissait de savoir s'il y aurait une France.

Il faut bien se rendre compte de la différence entre le temps de Charles VII et celui de Henri IV.

Votre ciel pourrait être une vision.

Je crois que vous en avez besoin pour expliquer le plan providentiel.

Les voix qu'entend Jehanne, convertissez-les en entretiens que des anges ont entre eux.

M. Thomassy vient de publier une brochure sur Christine de Pisan chez votre ami Debécourt. La première fois que vous lui écrirez, demandez-lui cette brochure; il est utile que vous la lisiez.

J'avais bonne envie d'aller voir M'le de Virieu, et je n'y suis point allé. Je voulais aussi aller voir Mme Le Tissier, laquelle me boude et n'a pas voulu me parler un jour que je l'ai rencontrée chez Mme de Lamartine. Je n'ai revu ni M. Cazalès ni presque M. Wilson. Je n'ai point entendu parler de M. de Kergorlay. Je sais que M. de Carné doit être dans le chagrin. J'ai donné un jeune homme à M. Jourdain. Il va l'envoyer à Berlin. Il me demande un article sur son livre. Mon article sur le Lys d'Israël va me donner des pratiques.

Je connais l'article du Semeur. Faites attention qu'il est écrit dans un sentiment protestant et que ses objections s'adressent à l'Eglise catholique aussi bien qu'à vous.

Mme Récamier a souvent été fort souffrante.

Nous avons eu une seconde lecture où étaient M. et M=e de Lamartine, qui ont été ravis d'admiration.

O honte! on veut abaisser le niveau de notre dignité française à la hauteur de ce crapaud de Thiers. Nous avons une Chambre si vaniteuse qu'elle repousse la suffisance des doctrinaires et qu'elle adhère à toutes les insolences de Thiers.

En vérité, nous ne méritons pas même de descendre à Augustule.

Les légitimistes se moquent beaucoup ; et ils aident à l'abaissement général.

Relevez notre pauvre France.

Mille tendres et respectueuses amitiés.