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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre XII (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 4 mai 43

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 224 · chapitre 177 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

4 mai 43.

Il faut voir les choses comme elles sont, dans la réalité, et ne pas vainement s'effrayer des apparences.

Eh bien ! au fond, Mme Récamier a, tout l'hiver, rêvé le mois de mai à Saint-Vrain, auprès de M. et Mme d'Hautefeuille. De leur côté, M. et Mme d'Hautefeuille accueillaient ce projet qui m'était si doux.

Cela a été ainsi tant que nous avons été éloignés du moment. Lorsque le moment s'est approché, deux craintes imaginaires ont surgi.

M. et Mme d'Hautefeuille ont craint de ne pouvoir accomplir à leur gré une hospitalité qu'ils avaient désiré offrir. Mme Récamier a craint de gêner ses aimables hôtes.

Ces deux craintes, à mon avis, sont complètement imaginaires.

Mme Récamier est d'une facilité extrême pour toutes ces sortes d'arrangements. Et ici, le charme de la société compense, et bien au delà, toutes ces petites appréhensions.

Je dois dire que ce n'est pas elle qui a été atteinte, la première, par la crainte que je viens de signaler. Elle a commencé par croire la sentir dans M. et Mme d'Hautefeuille.

Et cela est assez simple, c'est l'hôte qui reçoit qui doit éprouver ce sentiment plutôt que l'hôte qui est reçu.

Mais enfin ce sentiment se réfléchit de l'un sur l'autre : c'est à la raison à le dominer.

Moi, j'ai toujours craint ce qui est arrivé, mais je dois dire que je n'ai jamais douté que nous finirions par triompher de cette méfiance mutuelle. L'affection mutuelle ne connaît point d'obstacle, et ici, il n'y a point d'obstacle réel.

Il faut pourtant que je vous dise encore une chose.

Lorsque autrefois Mme Récamier allait passer un mois à Angervilliers, elle s'arrangeait avec Mme de Gramont pour le partage de la dépense. La situation est absolument la même.

Ne pourrions-nous pas aussi profiter des bonnes intentions de M. de Mortemart? Par exemple, si la chambre que vous avez la bonté de me destiner pouvait être utile pour faciliter des arrangements, M. de Mortemart pourrait peut-être me donner une chambre dans son château. Moi, je n'ai aucune répugnance, vous le savez, pour les châteaux.

Voyez, je vous prie, aux moyens de mettre de la facilité qui fit que tous nous écartassions les obstacles purement imaginaires, et que nous pussions hardiment faire ce que nous désirons tous.

Écrivez-moi à cœur ouvert.

Mme Récamier, qui sait que je vous écris, voudra voir votre réponse. Si vous avez quelque chose de confidentiel à me dire, écrivez-moi sur un papier séparé, afin que je puisse montrer votre lettre en retirant le papier.

Mille et mille tendresses les plus tendres et les plus respectueuses.

Hébal.