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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre VI (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 17 juillet 37

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 3 min de lecture · p. 107–108 · chapitre 78 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

17 juillet 37.

Je vous en conjure, ne vous laissez pas trop dominer par la pensée des journaux. Le Globe, dans un temps, m'a traité fort légèrement. Dans un article de M. Romand, la Revue des Deux Mondes a supprimé des passages où j'étais placé trop haut. Lors de la candidature à l'Académie, cette même revue discuta les noms des concurrents et s'abstint de citer le mien. Le Journal de Paris trouva très singulier qu'on pût hésiter à préférer M. Scribe, etc.

Affaires de coterie. M. Buloz a toujours un tyran. Dans un temps, c'était Victor Hugo; à présent, c'est Gustave Planche. Ce qui doit vous rassurer, c'est que votre nom ne peut plus être effacé. C'est un grand bonheur que l'Ame exilée ait eu du succès et Léa conquerra le sien.

M. Sivry me dit qu'il a été question du prix Monthyon. Il est possible que vous rendiez à l'Académie l'important service de donner un prix à propos, chose qui serait souvent dans ses désirs, mais qui n'est pas toujours dans ses possibilités.

Voici une idée qui m'est venue au sujet de la future préface.

On ne tire, m'a-t-on dit, qu'à 5oo l'Ame exilée en conservant les planches.

Il serait possible que lorsque cette nouvelle édition sera épuisée, il fût convenable, en procédant à un nouveau tirage, de faire une nouvelle édition aussi de Léa.

Alors, on pourrait peut-être mettre la préface à l'Ame exilée au lieu de la mettre à Léa.

Il y aurait deux raisons pour cet arrangement.

La première, c'est que le volume de l'Ame exilée est moins fort que les trois autres de Léa.

La seconde, c'est qu'il y aura toujours plus d'acheteurs pour l'Ame exilée, et que les acheteurs seraient sollicités à se compléter par Léa.

Voyez.

Depuis son voyage à Londres, je trouve M. Delloye fort découragé des affaires de librairie. Ce découragement ne nous regarde point, mais il doit nous nuire un peu, parce que, bien entendu, il ne pouvait que nous faire entrer dans un mouvement général.

Si vous avez, en ce moment, votre copiste sous la main, je vous prie de vouloir bien faire copier la future préface à mi-marge. Vous auriez l'extrême bonté de me l'expédier par la même occasion. Je la reverrais avec soin. J'y ferais les dernières corrections ; et je vous la renverrais ensuite pour que vous puissiez en disposer à votre gré lorsque le moment sera venu.

Je voudrais que ce fût le plus tôt possible, parce que dans la circonstance où je suis, je ne sais plus ce que je deviendrai d'ici à très peu de temps. Il a été question, ces jours-ci, de faire le voyage des Pyrénées, mais on a été arrêté par cette idée qu'un voyage était indispensable pour échapper, cet hiver, au climat de Paris, et que deux voyages, coup sur coup, c'était beaucoup.

Je suis donc un peu comme l'oiseau sur la branche.

Au reste, ce ne sont pas les voyages qui peuvent m'empêcher de travailler si, d'ailleurs, je suis une fois posé quelque part, et si j'ai l'esprit plus tranquille.

Le jour où je vous ai écrit de si bonnes nouvelles, j'en écrivais aussi à Mme Lenormant, qui est en Normandie. Elle s'est empressée de féliciter sa tante qui en a été fort vivement attristée, parce que ces félicitations tombaient dans un moment fâcheux. Je vois bien que je m'étais exagéré le mieux, surtout pour la malade qui ne s'était jamais sentie dans la véritable voie de retour à la santé.

Je crois que le voyage inopiné des Pyrénées et les délibérations auxquelles il donnait lieu n'ont pas peu contribué à irriter les nerfs si ébranlés de la malade.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Hébal.