Chapitre VII (suite)
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Anna-Marie lança alors son Lys d'Israël (e vol. in-8). C'était l'histoire de la sainte Vierge, enchâssée dans un cadre orné des souvenirs religieux mais un peu fantastiques que laissent en un cœur tendre les impressions et les rêves d'or du jeune âge, les narrations et les légendes du giron maternel. On ne pouvait donner à cet ouvrage le nom de roman, l'auteur ne sortait pas de la tradition sacrée, n'inventait point de faits, il les prenait dans les évangélistes, seulement il avait cherché 2 deviner les actions intermédiaires dont ne s'occupe pas l'Écriture. Un péril était à redouter, celui de tomber dans la surabondance de sentiments, de composer une Vierge à la Mignard, une Vierge de boudoir. Mme d'Hautefeuille avait évité cet écueil par sa connaissance des traditions chrétiennes autant que par ses qualités d'une foi vive et éclairée, par l'application habile et directe des vertus de Marie aux plaies d'une société sceptique et sensualiste. Un autre danger du livre résidait pour les âmes simples dans le mélange de ce qui appartient à l'histoire réelle et aux fictions de la poésie. Il pouvait les accoutumer à regarder comme purement humains des actes d'un ordre surnaturel, il pouvait répandre sur des figures qui doivent rester pures du contact de nos idées certaines couleurs toujours fausses quand elles ne sont pas inconvenantes. Quoi qu'il en soit, l'ouvrage eut coup sur coup cinq éditions, et la critique se montra généralement très favorable. L'Artiste du 3 mars avait beau trouver le sujet stérile et prétendre que le Lys d'Israël ne pouvait être lu d'un bout à l'autre sans fatigue et ennui, des écrivains de poids se dépensaient en louanges; Merle dans la Quotidienne du 24 février, Brifaut dans la France et le fidèle Ballanche qui écrivait dans les Débats : « Je dis que le Lys d'Israël n'est pas simplement une œuvre d'imagination, qu'il est surtout une œuvre de foi; ce caractère est important à faire remarquer, parce qu'en un tel sujet les intentions pures et droites suffiraient à peine, si d'ailleurs l'exécution n'était pas irréprochable. »
Mme Swetchine avait été consultée sur ce travail avant qu'il ne fût livré au public, et comme cette femme est admise pour un des maîtres de la vie spirituelle, on doit la juger particulièrement compétente en ce qui concerne le Lys d'Israël. Voici les deux lettres qu'elle écrivit à Mme d'Hautefeuille à cet égard. Il est regrettable que, fidèle à sa douce manie, Mme Swetchine les ait faites si longues.