Chapitre VII
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 26 novembre 38
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
26 novembre 38.
Hier, dans la matinée, M. d'Hautefeuille est survenu inopinément à l'Abbaye-aux-Bois. Il a dû nous trouver tous avec des figures étranges et étonnées. C'est que nous venions d'être bouleversés par une lecture de M. de Chateaubriand1. M. d'Hautefeuille est arrivé au moment où cette lecture venait de finir. Outre cela, Mme Récamier était souffrante, et sitôt que M. d'Hautefeuille a été parti, elle l'a cherché pour lui parler de vous et de Marie. Moi-même j'étais un peu troublé, parce que, dans la lecture, il avait été question d'un passé auquel j'avais été un peu associé, et qui réveillait en moi des souvenirs de trente-cinq ans.
(1) Ce sont très probablement les pages des Mémoires d'Outre-Tombe consacrées à M=• Récamier (livre XI). ↩
M. d'Hautefeuille était à Paris depuis plusieurs jours et je n'en savais rien. Dites-lui bien cette préoccupation où nous étions, car il n'a dû rien comprendre à tout cela.
Il vous parlera de Mme Swetchine qu'il a vue. Elle n'approuve pas l'Aurore de la vie nouvelle, ni moi. N'y a-t-il pas un livre de saint Martin : l'Aurore naissante ?
Adoptez, croyez-moi, le titre de Mme Swetchine : c'est une mère de l'Église.
Je suis désolé de tous les retards de l'imprimeur, mais j'en suis peu étonné. Ce qui me contrarie le plus, c'est votre propre contrariété, car pour la chose même, il n'y a nul inconvénient. Mais ce qu'il y aurait de fâcheux et de très triste, ce serait si vos projets de Paris devaient en être modifiés.
Comme tout est difficile ! L'affaire des épreuves n'est pas encore terminée. Imaginez qu'il faut une décision ministérielle. Le rapport est fait et la décision est à la signature.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.
M. d'Hautefeuille n'aura-t-il point souffert du froid ?