Chapitre XIII (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 11 mars 47
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11 mars 47.
J'ai frémi lorsque j'ai vu que vous aviez été sur le point de copier mes lettres. Y a-t-il rien de si ennuyeux, dans le monde, pour qui que ce soit? Mais il faut être né copiste.
De plus, ce serait fort inutile. Il me suffirait de relire avec quelque attention pour me remettre dans le mouvement des idées. Si le pauvre M. de Sivry était un autre homme, je lui ferais la même demande. Au reste, la première fois que vous viendrez Paris, nous causerons de cela.
J'ai tout un livre à ajouter à l'Orphée. Ce livre serait consacré à la science hiératique; et cette science prendrait son origine dans l'arche du déluge. Ce ne sont pas seulement les pères de la race future qui sont sauvés; ce sont aussi les sciences primitives, les arts primitifs,
Je vous demanderai aussi le livre de M. Lenormant sur le huitième chapitre de la Genèse, relatif aux races.
Peut-être quand ce livre d'Orphée sera fait tel que je le conçois, vous reprendrez goût au poème du Déluge.
Alors, vous consentiriez peut-être à le développer dans ma donnée.
L'Abbaye-aux-Bois se défait de plus en plus. Nous passons toutes nos matinées chez M. de Chateaubriand. Nous lisons à huis clos les Mémoires. C'est Mme Récamier qui a imaginé cette lecture, afin de donner de l'intérêt à la solitude de M. de Chateaubriand. Et je crois qu'elle a fait un excellent calcul. J'en suis ravi pour mon compte, mais on ne sait plus où prendre Mme Récamier. Ceci joint à ses fréquentes névralgies et à sa réclusion du mois prochain constituent une ère toute nouvelle.
Et nous sommes bien tenus de ne point parler de ces lectures à huis clos.
Je vois peu M. Lenormant, occupé de tant de choses. Pourtant, il me paraît bien qu'il n'y a aucun chant populaire de la Vendée. M. de Chateaubriand m'en a parlé dans ce sens, lorsque je l'ai consulté.
Je comprends le chagrin de la famille Landeau, et j'y prends bien part. J'avoue que si cela était arrivé pendant qu'il battait le pavé de Paris, j'en aurais moins gémi, mais à présent c'est fort triste.
Ainsi donc, quant à mes lettres, tenez-vous l'esprit en repos. Il suffit, pour le moment, que nous sachions où les trouver en cas de besoin.
Toutes mes tendresses.
Hébal.