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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre VII

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 15 janvier 39

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 122 · chapitre 88 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

15 janvier 39.

Hélas ! Il est trop vrai, ce pauvre M. de la Gervaisais est mort, bien tristement, bien solitairement2. Aucun des siens, aucun de ses amis ne s'est trouvé auprès de lui. Il est mort, entre un garçon d'auberge et une servante. Je le savais malade, je suis allé le voir, je crois, deux jours auparavant. J'avais bien la crainte qu'il ne se relevât pas, mais j'étais loin de soupçonner que ce fût si près. Et en effet, il s'est éteint d'une manière à peu près subite. J'allais lui faire une seconde visite, lorsque j'ai su sa mort. Nous étions environ une quinzaine de personnes à ses tristes funérailles. Je n'ai connu là que M. Turquety. Je sais qu'il y avait de ses parents, mais je n'en connaissais aucun et je n'ai point aperçu qui menait le deuil. Personne ne m'a parlé, je n'ai parlé à personne, si ce n'est à M. Turquety. Je crois être le dernier de ses amis qui l'ait vu, et je l'ai vu à peine. Comme vous, j'ai eu quelque regret de lui avoir témoigné ma désapprobation de sa dernière publication. Cependant, je dois vous dire, parce que votre situation est la même, que je n'ai aucune espèce de remords. Je suis bien convaincu qu'il a su immédiatement à quoi s'en tenir sur vous et sur moi. Or, nous étions certainement les deux seuls à l'apprécier et à lui porter un intérêt très réel. Nous avions pour lui un attachement vrai qui a résisté à toutes les apparences. Il en a douté, dans ses dernières heures, mais il en a été certain peu après.

(2) Nicolas-Louis-Marie Magon, marquis de la Gervaisais, était né à Saint-Servan en 1565. Écrivain trop fécond, il avait un style incorrect mais original et plein de force. On trouve toujours dans ses œuvres matière à occuper la réflexion. ↩

J'avais présenté son petit-fils à Mme de Chateaubriand et à Mme Récamier. Ce petit-fils, depuis quelque temps, était retourné en Bretagne. Je n'ai point eu de ses nouvelles depuis son départ. Je crains que la carrière de ce jeune homme ne soit très difficile. Je ne lui vois point d'appui et il n'a pas été élevé de manière à se produire convenablement. Il n'a ni étude générale, ni étude spéciale. Il se destinait au service militaire en Sardaigne. Malheureusement, il s'est blessé à la main avec un fusil de chasse. On avait cherché des appuis au ministère des affaires étrangères. Au reste, son grand-père lui manquera comme affection, mais ne lui manquera pas comme appui. J'ai trouvé ce jeune homme très bien, très heureusement né, mais je le crois sans culture.

Il faudra vous occuper sérieusement de votre santé, pendant votre séjour à Paris.

Je dîne aujourd'hui chez Mme Le Tissier, où l'on parle beaucoup de vous.

Mille tendres et respectueuses amitiés.

Hébal.