Chapitre XI (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 18 juillet 42
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18 juillet 42.
Pour se faire une idée juste de la catastrophe du 13 juillet, il faudrait d'abord examiner ce qu'est la famille d'Orléans.
Qu'a été le père du roi actuel?
Qu'est le roi actuel lui-même ?
Qu'était Monsieur le duc d'Orléans, si fatalement frappé de mort ?
La terre sociale, telle qu'elle est en France, est-elle susceptible de produire une dynastie ?
Cette dynastie peut-elle se trouver dans la famille d'Orléans ?
La catastrophe du 13 juillet est complètement étrangère à toute volonté humaine.
Elle est ou fortuite, ou fatale, ou providentielle.
Ceci dépend des croyances.
Mais ce qui ne dépend pas des croyances, c'est la révélation de la réalité, indépendante de l'événement lui-même.
Il est évident :
I° Que le trône est assez entouré, et d'adultes, et d'enfants pour que l'avenir de la dynastie soit assuré, s'il y a lieu à dynastie ;
2° Que la question à poser n'est point une question de circonstance, que l'événement ne fait autre chose que la poser dans un temps donné;
3° Que s'il y a lieu à dynastie, l'événement, fort cruel en soi, serait plutôt favorable, en définitive, puisqu'il enfoncerait les racines une génération de plus ;
4° Que le roi actuel peut vivre assez pour protéger la tutelle de l'enfant.
En un mot, la véritable question est encore celle qu'on a cru avoir résolue par l'établissement de 1830.
Il faut bien reconnaître ici la fatale conséquence de la coalition.
On a beau se débattre, la coalition a posé en fait la royauté, en droit la république.
La république avec un roi.
Il faudrait donc, par une loi de régence, rétablir ce qui a été virtuellement aboli par la coalition.
Mais la coalition aurait-elle pu produire un effet de ce genre si, d'ailleurs, la terre sociale eût été en état de produire sa dynastie ?
Ainsi la même question se reproduit toujours.
Pour dire toute ma pensée :
La faute irrémissible de Charles X a été son accession au traité de Pillnitz, et ensuite les fatales cessions de 1814, le comte d'Artois agissant comme lieutenant général du royaume.
J'ignore jusqu'à quel point le roi actuel a travaillé contre la Restauration.
Je le crois honnête homme. Je suis tout disposé à penser qu'il s'est séparé des fautes de la Restauration pour conserver ses éventualités. Je suppose done qu'il n'a point agi contre la Restauration.
Cependant il reste toujours à expliquer la conspiration Didier.
Mais ce qui est incontestable, c'est le vote de son père. Il est étranger à ce vote.
Mais c'est en qualité de fils de son père qu'il a été choisi en 1830.
Quant à son malheureux fils, je ne sais jusqu'à quel point il avait livré son avenir à M. Thiers.
Or, M. Thiers a fait trois choses :
Il a traqué Madame la duchesse du Berry.
Il a eu entre les mains le choix de deux guerres :
La guerre d'Orient, qu'il a évitée en faisant rentrer nos flottes à Toulon.
La guerre révolutionnaire de 92, en portant nos armées sur le Rhin et en Italie.
C'est de cette seconde guerre qu'il s'était infatué, et qui aurait été l'abolition de la France.
Je crains bien que notre malheureux prince ne se soit infatué de cette seconde guerre.
Vous voyez que je mets à part la catastrophe, pour ne voir que la situation elle-même.
Elle n'aurait pas eu lieu que la situation existait; seulement on l'apercevait moins.
Mais la Providence voit tout.
Sans doute, elle a cru nécessaire de la montrer aux hommes.
Vous savez ma conviction sur la liberté humaine.
Dieu s'est fait la loi de respecter cette liberté, condition absolue d'une intelligence responsable.
Dieu ne s'est réservé que les avis et les enseignements. Jamais les avis et les enseignements n'ont manqué.
Il y aurait un livre à faire sur tout cela.
Je n'en ai pas le courage.
D'ailleurs, je n'y vois pas assez clair.
Si je m'étais trouvé chez moi samedi, je vous aurais dit ma pensée. Il m'en coûte de l'écrire.
Je puis vous dire que j'ai été au désespoir, le mot n'est pas trop fort, lorsque j'ai su votre apparition.
Hébal.