Chapitre II
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 18 avril 1834
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Si vous saviez ce qui m'est arrivé, c'est à ne pas le croire. J'ai reçu votre si excellente lettre, je me suis empressé d'y répondre, et voilà que j'ai été interrompu. Ma lettre est restée là. Puis j'ai été atrocement préoccupé des événements de Lyon. Outre mes affections particulières, je regarde ces événements comme une immense catastrophe. Je n'ai point encore de nouvelles du petit nombre de personnes qui m'intéressent, entre autres de ma pauvre sœur souffrante de tous les maux de l'humanité. Voyez-vous, entre ma sœur et moi, nous représentons toute l'humanité de ce moment-ci. De plus, je ne suis pas encore en état de me former une idée de la catastrophe où, selon moi, toute une chose a péri, car il ne s'agit pas seulement de ma malheureuse ville. Je comptais sur un temps de transition, et voilà que nous nous précipitons vers un dénouement pour lequel nous sommes loin d'être préparés. Le lien entre les deux Frances, celle du Nord et celle du Midi, ce lien vient d'être brisé avec une violence que je ne croyais plus de notre temps.
Aujourd'hui, j'ai entre les mains les épreuves de mon article sur les fameux Mémoires1. Je ne puis m'abstenir d'y jeter un coup d'œil, car je ne veux pas manquer l'heure du courrier. Je vous demande donc la permission de vous, quitter brusquement, non sans dire bien profondément hélas ! hélas !
(1) Les Mémoires d'Outre-Tombe, sur lesquels Ballanche écrivit un article dans la Revue européenne (avril 1834). ↩
Toutefois, avant de fermer ce billet, je veux vous dire encore que je jouis d'une santé parfaitement bonne; que la Ville des Expiations2 se bâtit pour remplacer tant de ruines, que j'ai été désolé de ne pas m'être trouvé chez moi, lorsque M. d'Hautefeuille a pris la peine d'y passer sans laisser son adresse, que le Bon Lafontaine est un de mes bons génies.
(2) Œuvre de Ballanche qui n'a jamais paru en volume. Quelques fragments ont été insérés dans la Revue de Paris et la France littéraire. ↩
Hébal.