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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre IX (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 7 septembre 40, Paris

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 166 · chapitre 123 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Paris, 7 septembre 40.

Je suis tout étonné de me trouver chez moi, et tout désorienté. Voici une autre solitude qui va commencer. Il faudra bien que la vie s'arrange autrement. Il n'y a pas moyen d'être toujours séparé d'une partie de soi.

J'ai dîné hier avec Mme Récamier, Paul et Ampère.

J'ai trouvé Mme Récamier aussi fatiguée que je m'y attendais. Et, cependant, je n'ai pas trouvé son visage altéré. Elle regrette toujours son voyage. Ce que M. de Kergorlay vous a écrit était vrai; je crois qu'il l'avait pris dans un journal. Mais ce petit mouvement a duré fort peu, parce que Mme Récamier a été souffrante tout de suite, qu'elle s'est tenue chez elle enfermée et, sitôt qu'elle a été remise, tout avait disparu. C'est comme une vision dont elle s'est à peine aperçue, ce qui a fait qu'elle n'en avait rien écrit. Elle a été, pendant quelques jours seulement, contente des caux, puis elle a été obligée de les suspendre. J'espère donc que, plus tard, elle en aura le bénéfice. Nous n'y sommes pas ; j'apprends, ce matin, qu'elle a eu une très mauvaise nuit.

J'attends avec une vive impatience de vos nouvelles. J'espère que M. Charles est tout à fait rétabli. Mes tendres et empressés souvenirs à lui, à M. de Sivry, dont j'ai si peu profité, à M. d'Hautefeuille, qui a été pour moi d'une bonté si parfaite, et par qui je n'ai point été assez battu.

Je vais m'occuper de vous de toute façon. Je reçois, à l'instant, des volumes de Sismondi. Malheureusement, ce qu'on m'envoie ne contient que le règne de Charles VI.

Mme Récamier me disait hier qu'elle voudrait beaucoup que vous puissiez, quand vous venez Paris, vous loger dans notre intérieur, de manière à ce que nous soyons toujours ensemble. Je ne demande pas mieux. Ce que tous veulent doit finir par pouvoir s'arranger. Ce point gagné serait beaucoup. D'abord, il faut toujours que vos séjours aillent se prolongeant, à cause de M. Charles. Ensuite, Mme Récamier ne sera plus tentée du voyage des Eaux. N'y aurait-il pas moyen, pour elle, d'avoir un établissement de campagne dans votre voisinage? Elle et vous, vous vous convenez si parfaitement !

J'ai vu, ce matin, M. Mourier. Je suis très content de lui. J'ai vu aussi M. Bataille, dont je suis également très content.

Mes empressés et respectueux compliments à M. le curé, à M. Constant, à M. Dieu, à M. de Mortemart.

Quand je me suis trouvé seul dans cette diligence, j'ai été comme un animal pris au piège.

Je n'ai point été fatigué, je suis certainement en très bonne voie.

Je vous écrirai plus au long un autre moment.

Point de nouvelles de Justin Maurice.

Hébal.