Chapitre XIII
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 10 février 45
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
10 février 45.
Hier soir, nous étions seuls, Mme Récamier, M. David et moi. Mme Récamier, qui avait été très souffrante, et qui avait passé plusieurs jours dans son lit, n'avait pas osé sortir, et le temps n'était point engageant. M. David et moi, nous étions restés auprès d'elle, avec l'intention de lui faire la lecture. Mais quelle lecture avec nos voix! Arrive le Correspondant. Mme Récamier s'écrie qu'il faut lire la Famille Cazotte1. J'avais un peu peur, à cause de nos tristes voix. Mais on fait de nécessité vertu. Je commence la lecture. Je suis entraîné par mon propre intérêt, par l'intérêt que je sens se développer dans mes auditeurs. Heureusement, personne ne survient. Je lis sans interruption depuis huit heures un quart jusqu'à onze heures moins un quart. Ma voix s'était ranimée et s'est soutenue jusqu'à la fin. Nous avons tous été ravis. Pendant que ceci se passait à l'Abbaye-aux-Bois, M. et Mme Lenormant, qui n'avaient pu sortir, et qui étaient seuls, ont également lu d'un bout à l'autre, sans interruption, la Famille Cazotte. Ils ont été ravis comme nous. Ce soir, nous étions tous à l'Abbaye, nous racontant nos ravissements. Je n'entrerai point dans les détails : il faudra bien qu'un jour vous veniez recevoir l'explosion de toutes nos admirations qui sont grandes, unanimes, complètes. Comment ferons-nous pour attendre le prochain numéro du Correspondant? Je vous assure que vos figures sont vivantes. On les voit, on les entend, on vit avec elles. On m'a tant recommandé de vous dire cette lecture simultanée, que je ne veux pas me coucher sans vous en écrire quelques mots. Ce plaisir a été un vrai bonheur, parce que nous vous aimons tous.
(1) La Famille Cazotte, par Anna-Marie, parut dans le Correspondant des 10, 25 février et 10 mars 1845. ↩
Voilà que M. Guillemon va encore changer. On l'envoie à Rambouillet. Il a été souffrant. Il devait venir lundi. Il ne l'a pas pu. Il devait venir demain. Il ne viendra plus que vendredi. Il a bien aussi le projet d'aller vous voir. Il s'occupe beaucoup de moi. Il travaille beaucoup pour moi. C'est un homme excellent, véritablement dévoué.
Mille et mille tendresses à toute la famille.
Hébal.
M. de Kergorlay continue d'être très bien.