Chapitre III (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 12 avril 1835
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Je ne veux pas vous laisser arriver à Paris avant de vous avoir demandé pardon à deux genoux. En vérité, je deviens tout à fait haïssable. Je n'écris plus. Si vous saviez combien de lettres en arrière ! Il en est une surtout, c'est à l'abbé de Lamennais à qui j'avais tant de choses à dire, que je finis par les oublier. Ceci passera et mes amis resteront.
Et ne croyez pas que je sois désoccupé. Savez-vous bien que je me lève le plus souvent à cinq heures du matin? Je n'ai su trouver que ce moyen de me tirer d'affaire. Lorsque mes visites arrivent, ma journée est assurée.
Je suis sans doute charmé que vous veniez plus tôt, mais cette semaine sera bien absorbante. Trois prédicateurs à entendre, deux surtout, l'abbé Lacordaire et l'abbé Cœur.
Puisque vous venez mercredi, tâchez donc de venir le soir chez Mme Récamier. C'est son jour, et vous ne sauriez croire le plaisir que j'aurais à vous y voir comme une ancienne de la maison En tout, j'aime l'ancienneté.
Mme Récamier a été fort souffrante depuis quelque temps. Je crains bien que Mme Swetchine n'ait sa santé irrémédiablement atteinte. Cependant, elle est réellement mieux depuis quelques jours. Mme de Kergorlay est fort souffrante, mais je ne pense pas qu'il y ait de l'inquiétude à avoir. Vous voyez que vous aurez des misères à soigner. Entre les prédicateurs et les intérêts de santé, il ne restera pas grand temps pour parler de vos nouvelles études. Nous verrons bien. Il nous restera la ressource de prolonger un peu votre séjour, ce qui est très bon.
Soyez assez bonne pour me raccommoder avec les solitaires de Saint-Vrain.
La première fois que j'ai revu Mme Swetchine, j'ai été ému au dernier point. Vous avez bien raison de la trouver excellente.
J'espère bien que vous aurez l'extrême bonté de me mander votre arrivée sitôt que vous aurez franchi le seuil du Bon Lafontaine, afin que j'aille recevoir les indulgences plénières dont j'ai si grand besoin. Dites bien à M. d'Hautefeuille que je sollicite sa clémence par votre intercession.
Hébal.
Voudriez-vous, en rapportant Magdeleine, rapporter aussi le petit poème polonais.