Prêtre et écrivain né à Saint-Malo quatorze ans après lui. Collaborateur du Conservateur (1818-1820), il méprise ensuite le Chateaubriand libéral de 1824-1830 ; condamné par Rome, il rompt avec l’Église après les Paroles d’un croyant (1834) et devient démocrate. Ballanche les fait se retrouver chez Mme Récamier ; Chateaubriand lui offre sa maison en 1838, le visite à Sainte-Pélagie en 1841 et le reçoit souvent rue du Bac dans ses dernières années, sans le suivre dans ses idées.
En bref
| Naissance | 19 juin 1782, à Saint-Malo, dans l’hôtel de La Mennais, rue Saint-Vincent, et non rue des Juifs comme le disent « presque tous ses biographes » (Biré) ; Sainte-Beuve le fait naître non loin de la maison de Chateaubriand, rue des Juifs. |
|---|---|
| Mort | 27 février 1854, à Paris, six ans après Chateaubriand (Biré). |
| Sépulture | 1er mars 1854 : enterré à la hâte, dans la fosse commune, sans croix ni parole, selon sa volonté (Biré, d’après Blaize). |
| Divergence | Réconciliation : Léon Séché la date du billet de Chateaubriand du 11 mai 1834, qu’il rapporte aux Paroles d’un croyant ; Sainte-Beuve dit qu’ils « se retrouvèrent en 1835 », chez Mme Récamier. « Je m’en tiens à mon credo » : en 1847 et sans lieu selon Marcellus, qui l’entendit ; à l’Abbaye-aux-Bois selon Beaunier ; chez Lamennais, où Chateaubriand « était allé voir » son ami, selon Bertrin. |
| Lien | Malouin comme lui (« L’abbé de Lamennais a laissé loin derrière lui ces petites illustrations littéraires de ma patrie », livre I, chapitre 4) ; « Nous avons été bercés en naissant par les mêmes flots » (livre XLIII, chapitre 6). D’abord, selon Sainte-Beuve, « ils ne s’aimaient pas », puis « une sorte d’intimité ». |
| Première rencontre | Au plus tard en 1818 : « dans les bureaux du Conservateur » selon Sainte-Beuve ; Chateaubriand dit avoir demandé à « mes amis MM. de Bonald et de Lamennais » de s’associer au journal (Mémoires, livre XXV, chapitre 9). |
| Rencontres | Chez Mme Récamier, par Ballanche (1834 ou 1835) ; Sainte-Pélagie (1841) ; chez Béranger, à Passy (1844, Sainte-Beuve) ; rue du Bac, souvent, de 1844 à 1847 au moins (Du Boishamon, Daniélo, Marcellus). |
| Lettres | De Chateaubriand : billet du 11 mai 1834 ; offre d’asile du 6 août 1838 (Séché) ; réponse sur le chapeau de cardinal (1844). De Lamennais : sur la Vie de Rancé, 18 mai 1844 (Biré). Sur lui, à Béranger : 5 août 1838 (Lamennais) ; 20 avril 1839 (Chateaubriand). |
| Rue du Bac, 1844 | En juillet 1844, Charles Du Boishamon le trouve chez Chateaubriand, tapi au coin de la cheminée, dans une redingote verte « ultra-râpée » ; Chateaubriand dit qu’il « lui vient assez fréquemment » et qu’il a d’abord espéré le ramener à l’Église (Souvenirs intimes, 1875). |
| Combourg | En 1823, il écrit que l’enregistreur de Combourg passe pour avoir été de ceux qui déterrèrent et brûlèrent le corps du père de Chateaubriand (lettre citée par Collas, 1921). |
| Dans les Mémoires | 6 mentions (relevé automatique) : livres I (4) ; XX (12) ; XXV (9) ; XLIII (6). |
| Référence | Wikidata Q334973 |
| Correspondance | 3 lettres dans la Correspondance (2 écrites, 1 reçue). |
Sa vie
Félicité de La Mennais ou Lamennais (1782-1854), prêtre malouin, auteur de l’Essai sur l’indifférence en matière de religion (1817), fondateur de L’Avenir (1830) avec Lacordaire et Montalembert ; condamné par Rome, il rompt avec l’Église après les Paroles d’un croyant (1834) et devient démocrate.
Avec Chateaubriand
Compatriote de Saint-Malo, associé au Conservateur (1818-1820), puis adversaire du Chateaubriand libéral, qu’il juge durement dans ses lettres de 1825 à 1829. Ils se retrouvent chez Mme Récamier en 1834 ou 1835 ; Chateaubriand lui offre sa maison (1838), le visite en prison (1841) et le reçoit rue du Bac. Les Mémoires admirent l’écrivain et regrettent le prêtre : « parle ma langue avec des idées qui ne sont plus mes idées ».
Deux Malouins
Félicité de La Mennais naît à Saint-Malo le 19 juin 1782, dans l’hôtel de sa famille, rue Saint-Vincent (Biré, qui corrige les biographes qui le disent né rue des Juifs, comme Chateaubriand). Les Mémoires le placent au-dessus des gloires littéraires de la ville :
« L’abbé de Lamennais a laissé loin derrière lui ces petites illustrations littéraires de ma patrie. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre I, chapitre 4. · Lire le passage
En 1831, dans l’éloge des Bretons des Études historiques :
« […] ils ont donné à la France le plus grand peintre de mœurs après Molière, Lesage ; ils ont aujourd’hui l’abbé de Lamennais […] »
Chateaubriand, Études historiques, 1831, « Analyse raisonnée de l’histoire de France ». · Lire le passage
Sainte-Beuve, qui les a connus tous deux, dans son cours de Liège (1848-1849) :
« Ce qu’on peut dire, c’est que, de prime-abord et d’instinct, ils ne s’aimaient pas ; ils étaient plutôt antipathiques l’un à l’autre. »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861, troisième leçon. · Lire le passage
L’Essai sur l’indifférence et le Conservateur (1817-1820)
Le premier volume de l’Essai sur l’indifférence en matière de religion paraît en 1817. Sainte-Beuve :
« C’était une recrue ardente; on devait être tenté de les comparer. Tant que cela fut possible, ils n’eurent que du froid l’un pour l’autre. »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861, troisième leçon. · Lire le passage
« Le succès du premier volume de l’Indifférence avait pu donner quelque ombrage […] »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
à Chateaubriand, ajoute-t-il, vite rassuré par les volumes suivants. En 1818, Chateaubriand fonde le Conservateur :
« Je parlai à mes amis MM. de Bonald et de Lamennais, je leur demandai s’ils voulaient s’associer à moi : ils y consentirent et le journal ne tarda pas à paraître sous le nom de Conservateur. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXV, chapitre 9. · Lire le passage
Biré range l’abbé de La Mennais parmi les rédacteurs et date la fin du journal du 29 mars 1820, au rétablissement de la censure. Sainte-Beuve :
« Ils s’étaient rencontrés d’abord dans les bureaux du Conservateur, au milieu de cette serre chaude d’ultra-royalisme […] »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861, troisième leçon. · Lire le passage
Dans le cercle de Chateaubriand, on juge sévèrement le système de l’Essai. Joubert à Mme de Vintimille, le 27 mars 1820 :
« On m’écrit que l’abbé de Lamennais est fort blâmé à Saint-Sulpice […] »
Joubert à Mme de Vintimille, Paris, 27 mars 1820, Correspondance. · Lire le passage
Plus tard, Lamennais dira à Ballanche, selon Sainte-Beuve, en parlant des années du Conservateur :
« Il faut convenir qu’alors nous étions de grands fous ; mais vous, vous étiez déjà un peu sage. »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
Deux camps (1823-1831)
En 1823, pendant la guerre d’Espagne, une des lettres que reçoit Chateaubriand ministre s’inquiète :
« Si vous faites tous vos vouloirs en Espagne, est-ce que nous aurons pour récompense ici l’abbé de La Mennais […] »
lettre à Chateaubriand, 1823, publiée dans le Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
(« Franchet et tous les prêtres », poursuit la lettre.) Chateaubriand ajoute en note, en 1838 :
« Mon illustre compatriote doit être bien étonné de se trouver ici, placé parmi les absolutistes qui devaient gouverner la France. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838, note. · Lire le passage
Le 29 janvier 1823, Lamennais écrit à Benoît d’Azy l’histoire du corps du père de Chateaubriand déterré à Combourg (Collas). Quand Chateaubriand, chassé du ministère en 1824, passe à l’opposition libérale dans les Débats, Lamennais, resté ultramontain, n’a pour lui, selon Sainte-Beuve, « que mépris et pitié ». Il écrit à M. de Coriolis le 10 septembre 1825 :
« Si je voulais faire un jeu de mots, je dirais que M. de Chateaubriand se débat […] »
Lamennais à M. de Coriolis, 10 septembre 1825, cité par Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
et à Vitrolles, le 5 septembre 1829, sur le bruit d’une pension des Débats :
« On dit que les Débats lui assurent une pension de 70,000 francs […] »
Lamennais à M. de Vitrolles, 5 septembre 1829, cité par Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
Sainte-Beuve rapporte un mot qu’il lui dit « vers 1830 ou 1831 » :
« Cet homme-là n’aime personne; il vient de vous parler avec sourire, avec amitié, ce semble, et en le quittant on tomberait d’apoplexie au bas de son escalier, qu’il dirait : Qu’on emporte cet homme! »
Lamennais, propos rapporté par Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
Daniélo, secrétaire de Chateaubriand, répond en 1864 à ceux qui font dire à Lamennais que
« Chateaubriand n’aimait personne ; cependant, je suis témoin qu’il aimait beaucoup M. de Lamennais et qu’il l’accueillait avec cordialité, tandis que tant d’autres lui tournaient le dos. »
Julien Daniélo, Les Conversations de M. de Chateaubriand, 1864. · Lire le passage
L’Avenir, Rome et les Études historiques (1830-1832)
Après Juillet, Lamennais fonde L’Avenir. En 1831, la préface des Études historiques se mesure à lui et à Joseph de Maistre :
« […] le second me semble appeler les peuples (sauf erreur de ma part) à une indépendance générale sous la même domination théocratique. Ainsi que mon illustre compatriote, je demande l’affranchissement des hommes ; je demande encore, ainsi qu’il le fait, l’émancipation du Clergé […] »
Chateaubriand, Études historiques, 1831, préface. · Lire le passage
mais il refuse la papauté « pouvoir dictatorial planant sur de futures républiques ». Bardoux voit dans la séparation de l’Église et de l’État que demandent les Études l’influence de son compatriote et des doctrines de L’Avenir. Après l’encyclique de 1832, Ballanche rapproche leurs deux situations ; il écrit à Mme Récamier, le 13 octobre 1832, que Lamennais s’est trouvé dans une situation analogue à celle de Chateaubriand :
« Il ne pouvait pas se mettre en contradiction avec la lettre encyclique du Pape. Il ne pouvait pas non plus se placer dans la condition imposée par le Souverain-Pontife. Alors, il a abdiqué sa part dans l’action. »
Ballanche à Mme Récamier, 13 octobre 1832, publié par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, 1909.
Dans ces années où Chateaubriand négocie avec Saint-Malo sa tombe du Grand-Bé, les Malouins avaient pensé, selon André Beaunier, à faire bénir le lieu par Lamennais ; Chateaubriand préfère le curé de Saint-Malo.
1834-1836 : le rapprochement
Le 11 mai 1834, Chateaubriand écrit à Lamennais :
« Mon illustre compatriote, votre talent aurait donné l’immortalité à cet ouvrage ; moi, je la reçois de mon sujet. Combien je regrette de ne vous voir jamais ! Mille tendres amitiés et admiration sincère. »
Chateaubriand à Lamennais, 11 mai [1834], billet inédit publié par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais…, 1908. · Lire le passage
Séché voit dans « cet ouvrage » les Paroles d’un croyant, et date de là leur amitié : « A partir de ce moment, les deux Malouins se virent souvent ». Sainte-Beuve, lui, les fait se retrouver chez Mme Récamier, en 1835 ; il y assistait :
Ballanche, qui avait « un grand goût pour La Mennais », aida à cette rencontre :
« Je m’y trouvais présent : il était curieux de les entendre s’appeler M. l’abbé, M. le vicomte, en se raccrochant à des temps déjà bien éloignés […] »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
« Le duc de Laval, qui entra comme M. de La Mennais venait de sortir, ne pouvait se remettre de sa surprise quand on le lui dit […] »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
Ballanche ne trouva à lui répondre, sur « le redoutable abbé », sinon « que c’était un homme charmant ». Sainte-Beuve conclut :
« M. de Chateaubriand goûtait assez M. de La Mennais, surtout quand celui-ci ne lui fit plus office d’auxiliaire dans le même parti, et ne fut à ses yeux qu’un Carrel ou qu’un Béranger de plus. La concurrence cessant, la courtoisie commença. »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
En 1836, l’Essai sur la littérature anglaise cite une longue page de Lamennais, l’histoire d’une mère et de sa fille dans une chambre pauvre, une nuit d’hiver, et l’introduit ainsi :
« C’est dans les champs de la Croix que l’abbé de Lamennais a recueilli cet intérêt si tendre pour la nature humaine, pour les classes laborieuses, pauvres et souffrantes de la société […] »
Chateaubriand, Essai sur la littérature anglaise, 1836, « L’abbé de Lamennais ». · Lire le passage
1838-1839 : la mansarde et la police
Durant l’été de 1838, la police perquisitionne la mansarde de Lamennais. Il le raconte à Béranger le 5 août ; Chateaubriand venait d’offrir à Béranger de l’aider à garder sa retraite de Tours, et Lamennais ajoute :
« Le procédé de Chateaubriand ne me surprend point; c’est un noble cœur. »
Lamennais à Béranger, 5 août 1838, Correspondance de Béranger, éd. Paul Boiteau, t. III, 1860.
Selon Séché, Chateaubriand, révolté par la perquisition, lui écrit le 6 août :
« Si la pensée n’est plus en sécurité dans votre grenier, mon illustre ami, ma maison vous est ouverte. Acceptez mon hospitalité, tout l’honneur sera pour […] »
Chateaubriand à Lamennais, 6 août 1838, lettre inédite citée par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais…, 1908. · Lire le passage
Le 20 avril 1839, il donne de ses nouvelles à Béranger :
« Je suis allé plusieurs fois chercher l’abbé de Lamennais. Je l’ai rencontré par hasard, car les trois quarts du jour il ferme sa porte, ou il se retire chez des amis aux environs de Paris. Il m’a dit qu’il travaillait toujours à son grand ouvrage. »
Chateaubriand à Béranger, Paris, 20 avril 1839, Correspondance de Béranger, éd. Paul Boiteau, t. III, 1860. · Lire le passage dans Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais, Sainte-Beuve, G. Sand, Mme. d'Agoult
Ce grand ouvrage, selon Séché, est l’Esquisse d’une philosophie, publiée à la fin de 1840.
Sainte-Pélagie (1841)
Poursuivi pour sa brochure Le Pays et le Gouvernement, Lamennais est condamné le 26 décembre 1840 à un an de prison et 2 000 francs d’amende ; il est enfermé à Sainte-Pélagie de janvier à décembre 1841 (Biré ; l’éditeur de Béranger date aussi le jugement du 26 décembre). Sainte-Beuve tient de Molé que Chateaubriand hésita :
« La Mennais est en prison, et je me demande si je dois aller le voir. Qu’en dites-vous, Mathieu? »
Chateaubriand à Molé, rapporté par Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage
Molé lui rappelle qu’il est l’auteur du Génie du christianisme ; Chateaubriand promet de ne pas y aller.
« Deux jours après, on lisait dans les journaux que l’illustre patriarche était allé visiter l’illustre prisonnier. Il n’avait pu y tenir. »
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage


Les Mémoires, à l’automne de 1841 (Biré), à la fin du dernier livre :
« Dans la même prison où je visitais autrefois le noble et malheureux Carrel, je visite aujourd’hui l’abbé de Lamennais. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 6. · Lire le passage
« Dans la dernière chambre en montant, sous un toit abaissé que l’on peut toucher de la main, nous imbéciles croyants de liberté, François de Lamennais et François de Chateaubriand, nous causons de choses sérieuses. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 6. · Lire le passage
« Fidèle professant l’hérésie, l’auteur de l’Essai sur l’indifférence parle ma langue avec des idées qui ne sont plus mes idées. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 6. · Lire le passage
Chateaubriand imagine ce qu’aurait pu ce prêtre resté dans l’Église, puis :
« Dieu ne l’a pas voulu ; la lumière a tout à coup manqué à celui qui était la lumière ; le guide en se dérobant, a laissé le troupeau dans la nuit. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 6. · Lire le passage
« Dans l’ordre des temps il doit me survivre ; je l’ajourne à mon lit de mort pour agiter nos grands contestes à ces portes que l’on ne repasse plus. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 6. · Lire le passage
« Nous avons été bercés en naissant par les mêmes flots ; qu’il soit permis à mon ardente foi et à mon admiration sincère d’espérer que je rencontrerai encore mon ami réconcilié sur le même rivage des choses éternelles. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 6. · Lire le passage
Le même chapitre cite longuement Du passé et de l’avenir du peuple, écrit en prison, contre l’égalité absolue :
« M. l’abbé de Lamennais attaquait, sous les verrous de sa geôle, les mêmes systèmes avec sa puissance logique qui s’éclaire de la splendeur du poète. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII, chapitre 6. · Lire le passage
Les Mémoires le citaient déjà au livre XX (chapitre 12), à côté de Mickiewicz, sur la Pologne abandonnée. Séché ajoute que Béranger aussi visita le prisonnier.
Les dernières années (1842-1848)
En août 1842, quand une voiture renverse Chateaubriand à Néris, Béranger écrit à Lamennais :
« J’espère aussi y trouver une lettre de Pilorge, qui m’apprendra quelle suite a eue l’accident arrivé à Chateaubriand. »
Béranger à Lamennais, 6 août 1842, Correspondance de Béranger, éd. Paul Boiteau, t. III, 1860.
En mai 1844 paraît la Vie de Rancé, qui oppose les deux réformateurs :
« Rancé, qui s’accotait contre Dieu, acheva son œuvre ; l’abbé de La Mennais s’est incliné sur l’homme : réussira-t-il ? »
Chateaubriand, Vie de Rancé, 1844, livre deuxième. · Lire le passage
Lamennais le remercie le 18 mai :
« Je me hâte de vous remercier du souvenir que vous m’y accordez, et de tout le plaisir que m’a fait l’ouvrage. »
Lamennais à Chateaubriand, 18 mai [1844], d’après Biré, Les Dernières années de Chateaubriand, cité par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, 1909.
« Le génie ne vieillit point. Continuez d’enchanter et nous et ceux qui viendront après nous. »
Lamennais à Chateaubriand, 18 mai [1844], cité par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, 1909.
Chateaubriand répond qu’il voudrait le « voir pape » :
« […] si vous me le permettiez, je travaillerais à vous faire cardinal. Dites-moi un mot, je pars pour Rome, et je ne reviens qu’avec votre chapeau […] »
Chateaubriand à Lamennais, 1844, cité par Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, 1909.
Le 5 août 1844, Sainte-Beuve écrit à Juste Olivier :
« Béranger, Chateaubriand et Lamennais se voient volontiers et avec plaisir chez Béranger, a Passy […] »
Sainte-Beuve à Juste Olivier, 5 août 1844, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais…, 1908. · Lire le passage
Le même été, Du Boishamon le trouve rue du Bac, et Chateaubriand lui dit :
« Il y aurait peut-être quelques personnes qui pourraient se scandaliser de me voir recevoir encore chez moi M. de La Mennais ; mais il me vient assez fréquemment. »
Ch. Du Boishamon, Chateaubriand : souvenirs intimes, 1875.
Daniélo :
« Aussi Lamennais éprouvait-il comme un charme et une consolation à le venir voir, et il venait souvent. »
Julien Daniélo, Les Conversations de M. de Chateaubriand, 1864. · Lire le passage
En février 1848, Daniélo raconte encore à Mme Récamier qu’un jour où il revenait chez Chateaubriand pour sa pension, « M. de Lamennais était là » (Papiers de Mme Récamier, XXXIV). Marcellus a entendu deux de leurs échanges. Lamennais faisant observer que la monarchie de Juillet « dure encore », Chateaubriand répond :
« […] mais c’est un arbre qui ne fleurit point, parce qu’on l’a planté avec des racines gangrenées. »
comte de Marcellus, Chateaubriand et son temps, 1859. · Lire le passage
et sur les Mémoires :
« On ne gagne rien à montrer l’espèce humaine […] »
Lamennais à Chateaubriand, propos rapporté par comte de Marcellus, Chateaubriand et son temps, 1859, préface. · Lire le passage
En 1847, selon Marcellus, Lamennais tente une controverse religieuse ; Chateaubriand l’interrompt :
« Ah! de grâce, mon cher ami, n’engageons point de discussions théologiques. Je m’en tiens à mon credo et j’y trouve ma consolation […] »
Chateaubriand à Lamennais, 1847, d’après Marcellus, cité par André Beaunier, Trois amies de Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
Beaunier place la scène à l’Abbaye-aux-Bois, Bertrin chez Lamennais. Le Goffic, en 1902 :
« Lamennais, à ce titre de compatriote plus qu’à sa réputation, dut d’être bien accueilli et, somme toute, compris et apprécié par lui à sa valeur. »
Charles Le Goffic, L’Âme bretonne, 1902.
1854 : la fosse commune
Lamennais meurt le 27 février 1854 sans être revenu à l’Église. Biré, d’après Blaize :
« […] six ou huit personnes suivaient le corbillard […] »
Edmond Biré, note aux Mémoires d’outre-tombe, t. VI, 1900. · Lire le passage
« […] fut descendu dans une de ces longues et hideuses tranchées où l’on enterre le peuple […] »
Blaize, Essai biographique sur M. F. de La Mennais, cité par Edmond Biré, note aux Mémoires d’outre-tombe, t. VI, 1900. · Lire le passage
Il avait dit qu’on ne mettrait rien sur sa fosse. Biré, qui cite l’« ardente foi » des Mémoires, se demande :
« Que n’a-t-il été donné à Chateaubriand de vivre assez pour assister son compatriote à l’heure de la mort? »
Edmond Biré, note aux Mémoires d’outre-tombe, t. VI, 1900. · Lire le passage
Séché écrit que Lamennais avait désiré « jadis » reposer au Grand-Bé, au pied de la tombe de Chateaubriand, et cite Béranger au retour de l’enterrement :
« Quel temps singulier où, en débutant par l’Indifférence en matière de religion, on peut finir ainsi […] »
Béranger, cité par Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais…, 1908. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres I, XX, XXV et XLIII
Chateaubriand, Études historiques, 1831 (préface et « Analyse raisonnée ») ; Essai sur la littérature anglaise, 1836 ; Congrès de Vérone, 1838 ; Vie de Rancé, 1844 (textes de la liseuse)
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861 (lettres de Lamennais de 1825 à 1829) (lire en ligne)
Léon Séché, Hortense Allart de Méritens dans ses rapports avec Chateaubriand, Béranger, Lamennais…, 1908 (lettres inédites de Chateaubriand à Lamennais, 1834 et 1838)
Correspondance de Béranger, éd. Paul Boiteau, t. III, 1860 (lire en ligne)
Édouard Herriot, Madame Récamier et ses amis, 1909 (lettres de Ballanche, 1832, et de Lamennais, 1844, seulement)
Comte de Marcellus, Chateaubriand et son temps, 1859
Julien Daniélo, Les Conversations de M. de Chateaubriand, 1864
Ch. Du Boishamon, Chateaubriand : souvenirs intimes, 1875 (lire en ligne)
Joubert, Correspondance (lettre du 27 mars 1820)
André Beaunier, Les Costumes de M. de Chateaubriand, 1917 ; Trois amies de Chateaubriand, 1910
Agénor Bardoux, Chateaubriand, 1893 ; Georges Bertrin, La Sincérité religieuse de Chateaubriand, 1900
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)
Charles Le Goffic, « Les dernières années de Chateaubriand », L’Âme bretonne, 1902 (lire en ligne)
Georges Collas, « Dix ans au château de Combourg », Annales de Bretagne, 1921 (faits seulement) (lire en ligne)
