Chapitre VII
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 22 décembre 37
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22 décembre 37.
Je vous dirai d'abord qu'en ce moment je travaille assez, quoique ce ne soit encore que de préparation et de tête. Le fait est que j'ai gagné deux choses, la première d'avoir construit mon unité d'une manière qui me satisfait, la seconde d'avoir pris l'habitude de fermer ma porte plusieurs heures de suite.
Mme Récamier va beaucoup mieux. Je crois que son nouvel appartement a été le meilleur des médecins.
Ne soyez point en peine de votre place dans l'opinion : elle sera bonne, de plus en plus. Il devient évident que le temps est nécessaire à Léa. Mais que fait le temps? Savez-vous bien qu'un livre publié par moi avant le Génie du Christianisme commence à être recherché ? Mais il est absolument introuvable.
Je vous engage à travailler comme si vous deviez publier en arrivant à Paris; mais, en même temps, je ne vous engage point à vous presser de publier. Au reste, nous en parlerons avec maturité, lorsque vous serez ici. Tenez-vous en état de publier pour le moment, afin que si nous jugeons ce moment opportun, nous puissions en profiter immédiatement.
Je me suis empressé de lire le dernier ouvrage de M. de Lamennais, sitôt qu'il a paru1. Avant de l'avoir lu, j'avais le projet de faire un article pour la Revue française; mais j'y ai renoncé tout de suite. Il est trop nul philosophiquement et logiquement. C'est pour moi une trop grande affliction pour que j'en entretienne le public. Au reste, l'insuccès est aussi grand que possible. Aux yeux des uns, l'abbé de Lamennais est un apostat; aux yeux des autres, il est encore un calotin. C'est un deuil affreux. En outre, sa situation est triste comme santé et comme fortune. Je ne le vois point, et il ne me sort pas de devant les yeux.
(1) Lamennais venait de publier Affaires de Rome, récit du voyage qu'il avait fait en 1832 dans la ville éternelle avec Lacordaire et Montalembert. ↩
Mille respectueuses tendresses. HÉBAL.