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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre VIII (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 29 septembre 39

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 146–147 · chapitre 103 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

29 septembre 39.

Voici huit jours que j'ai eu le grand plaisir de voir M. d'Hautefeuille. J'avais reçu votre lettre plusieurs jours auparavant avec, tous les jours, le dessein d'y répondre. Mon Dieu ! comme le temps passe.

Mme Récamier a presque toujours été souffrante. Moi-même, j'ai été un peu opprimé par la mauvaise saison. Mais je suis bien, et Mme Récamier est restée assez souffrante-Nous sommes presque seuls à Paris. Ampère fait des courses ici et là. M. et Mme Lenormant sont en Normandie. M. de Chateaubriand n'a pas remué. Sainte-Beuve est pourtant ici. Quinet aussi. Vous vous contenteriez, je crois, de cette solitude, et vous y ajouteriez beaucoup d'agrément.

Ce que vous me dites de Mme de Kergorlay me fait un plaisir infini. Je savais déjà qu'elle était dans une bonne phase de santé. M. de Kergorlay a été d'une grande perfection pour des recommandations de Mme Récamier. Dites-lui, je vous prie, combien elle en a été touchée et reconnaissante.

M. d'Hautefeuille m'a dit que vous aviez le projet de venir passer quelques jours à Paris sur la fin du mois. J'en suis ravi. Je vous dirai que vous me trouverez peu disposé à voir les bêtes.

Certainement, j'ai parlé de votre protégé, le relieur de M. Wilson. Sachez que M. Lenormant a été de fort mauvaise humeur pour tout ce qui tenait à la bibliothèque. De plus, un sous-bibliothécaire m'a dit que le protégé était un peu cher. J'en reparlerai.

Je suis pour Jehanne : c'est là le véritable nom. D'ailleurs, il faut la séparer de M. de Voltaire, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi Louis XV.

Mes entrailles paternelles se réjouissent toujours lorsqu'on dit du bien d'Antigone; c'est ma fille préférée.

Quant à mon invention, je n'ai aucun doute sur la théorie. J'ai déjà épuisé deux calculateurs qui ont fait, à ce sujet, de l'algèbre à n'en plus finir. Les difficultés sont énormes, et je suis d'une grande fécondité de moyens pour tourner ces difficultés. Il me reste employer les ressources d'un homme pratique; c'est ce que j'ai commencé à faire. Les lois physiques sont irréfragables. Or, j'agis en vertu de deux lois physiques qui, toutes les deux, remontent à Pascal. L'une a été fort employée, et l'est tous les jours; seulement, j'en tire des effets successifs dans la théorie, et simultanés dans la pratique: c'est là la merveille. L'autre n'est employée que depuis une trentaine d'années, mais à l'état de force passive, et je la fais passer à l'état de force active ; c'est-à-dire que c'est un effet dont je fais une cause. Autre merveille si l'on veut.

Lorsque M. de Montalivet sera ici, je le verrai, parce que c'est par lui que j'aurai tous les renseignements sur Versailles.

Mille respectueuses tendresses.

Hébal.