Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre IX (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 10 septembre 40

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 167–168 · chapitre 124 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

10 septembre 40.

J'ai reçu votre si bonne lettre qui m'a vivement ému. Oui, nous nous arrangerons pour dominer notre destinée. Mme Récamier y donnera les mains de cœur et d'âme. Ma seule peur est que la guerre vienne tout déranger dans le monde, car notre monde à part finira par s'arranger. Mme Récamier est très souffrante en ce moment. Elle a eu, la nuit dernière, une crise très violente. En voilà encore pour quelques jours. Ensuite, j'espère que notre train reprendra. Tenez-moi au courant de toutes vos santés. J'ai vu hier M. Récamier, mais à l'Abbaye, auprès du lit de Mme Récamier. Je lui ai cependant dit quelques mots de ma santé. Il m'a fort approuvé d'avoir modifié mon régime dans le sens de la sévérité. Il me conseille fort de persévérer dans cette sévérité. Il suspend les bains et les choux, à condition de les reprendre à la première alerte. Il me permet le raisin mûr, hors des repas où entre le lait comme boisson ou comme nourriture. Je vous dis ces choses parce que je sais que vous me les demanderiez si j'oubliais de vous les dire. Il était dans ma destinée d'arriver au régime pythagoricien.

Je vous ai envoyé, par ma dernière lettre, des notes qui vous prouvent combien je voudrais dater de Saint-Vrain. J'ai vu, par moi-même, la situation de ma machine. J'ai prescrit des corrections auxquelles on va travailler. J'espère pouvoir faire une expérience à la fin du mois. Vous savez qu'il ne s'agit encore que de la pompe à élever l'eau à toutes les hauteurs. La seconde partie de l'appareil s'exécutera à loisir. Cette seconde partie est aussi très importante, puisqu'il s'agit d'un moteur tout nouveau, mais je ne m'en occuperai qu'après, parce qu'il faut que je connaisse la force dont j'ai besoin.

Quant à l'appareil pour la navigation, il est à l'état de dessin rudimentaire. Je ne le pousserai plus loin que lorsque le sort de l'autre sera assuré. Cependant, je désire fort y arriver, puisque c'est à Saint-Vrain que je voudrais lancer mon premier bateau.

Je reçois, à l'instant, une lettre de M. Guillemon qui est, à présent, à Nîmes. Je lui ai tourné la tête par mes projets de rénovation de la science. Il y entrera de toutes ses facultés. Toutefois, la guerre peut déranger cette partie de mes projets, M. Guillemon étant officier du génie et voulant servir, dans ce cas1.

(1) M. Guillemon était aussi littérateur. On a de lui : De l'intelligence et de la foi, Paris, 1840, in-8, et l'Homme sans asile, Paris, 1845, in-8. ↩

Mille respects, mille tendresses, mille espérances.

Hébal.