Chapitre VIII (suite)
[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 3 décembre 39
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3 décembre 39.
Il faut bien que je vous le redise, entre blanc bonnet et bonnet blanc, il y a toute la différence d'une locution française à une locution qui ne l'est pas. La différence qu'il y a entre la Phèdre de Racine et celle de Pradon, c'est la différence du génie au non-génie. Le talent est une chose qui se sent et qui ne se dit pas. Votre Jehanne sera votre Jehanne : voilà tout. Elle sera ; les autres ne seront pas. Je ne dis point cela pour le travail de Gorer, qui vous servira et qui ne vous nuira point. L'inspiration, là, est historique. Vous me dites que l'archevêque d'Embrun compare Jehanne aux Sibylles. Je l'ai toujours considérée comme une nature de Sibylle, mais une Sibylle chrétienne, et d'action, au reste comme la plupart des femmes et des vierges qui ont subi le martyre dans les temps de Dioclétien et autres enragés.
Oui, je travaille, quoique lentement. Je m'enferme dans mon tombeau qui sera, au lieu d'une coque de soie, un monolithe de marbre blanc.
La charte turque est une invasion de l'Occident sur l'Orient; et cette invasion ira jusqu'au bout, malgré tous les czars.
Les nouvelles d'Afrique inquiètent.
La santé de Mme Récamier est toujours sujette à des éclipses ; elle s'informe beaucoup de la vôtre. La mienne est excellente.
Je fais grand cas de la santé pour mes amis et pour moi. Dans les temps anciens, je n'en tenais pas si bien compte. Soignez donc la vôtre.
Mille tendres et respectueuses amitiés.
Hébal.