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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre XII (suite)

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 8 novembre 43

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 3 min de lecture · p. 231–232 · chapitre 182 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

8 novembre 43.

Votre; lettre m'inquiète réellement pour votre santé à cause de la saison. M. d'Hautefeuille se plaignait aussi de douleurs. Ces plaies incessantes font un mal affreux.

Depuis ma dernière lettre, Mme Récamier a fait une chute inconcevable, heureusement sans suite. On place des calorifères au Luxembourg. On a fait des trous très profonds qui vont jusqu'aux caves. Mme Récamier allait au musée et elle est tombée dans un de ces trous. Elle a été retenue en chemin par un tuyau placé sans être fixé. Quand M. Pasquier a vu le trou, il a frémi. Le fait est que ce qui n'a été qu'un accident pouvait être un énorme danger. Mme Récamier n'a point été trop effrayée, ni trop ébranlée. Elle s'est immédiatement promenée au Luxembourg, et elle en a été quitte pour une légère contusion à l'épaule qui, cependant, lui a fait mal pendant plusieurs jours. Je crois même qu'elle s'en sent encore.

Son valet de chambre est remis, mais il ne peut encore reprendre son service.

Voilà que les inondations recommencent dans le Midi. Je crains bien que cet hiver ne soit très calamiteux.

Le voyage du duc de Bordeaux est la chose la plus simple du monde. Ce pauvre jeune prince a un besoin bien naturel de se soustraire un peu aux ennuis de l'exil. Les partis voudraient donner à ce voyage l'importance qu'il n'a pas. Je crains comme vous des blessures à ses justes susceptibilités. J'aurais bien préféré qu'il eût retardé ce voyage dont sa famille, du reste, ne se souciait point. Ce qui me rassure pourtant, c'est ce qu'on a dit de son sens droit, de sa parfaite raison. Si M. de Chateaubriand était auprès de lui, j'aurais plus de confiance encore, ou plutôt moins d'inquiétude. Mais il ne pouvait y aller que demandé1 et malheureusement il n'arrivera que lorsque les fausses démarches auront été faites, si toutefois il y en a. Quant à de folles tentatives, ceux qui ont l'air d'en craindre font semblant, car ils savent bien à quoi s'en tenir.

(1) Le comte de Chambord, se rendant en Angleterre, écrivit à Chateaubriand pour lui témoigner le désir de le voir. Le vieux et fidèle monarchiste se mit en route le 1g novembre 1843. ↩

Je n'ai point réussi pour Léa Cornelia. Les libraires sont si méticuleux pour les livres qui leur sont présentés que c'est une vraie pitié. M. Belin Prieur, d'un côté; M. Delloye, de l'autre, entretiennent un préjugé qui vous est peu favorable, sous le rapport du débit. Mon sentiment bien vrai, pour Léa Cornelia, n'a pu triompher. Je ne perds pourtant pas espoir.

Ampère arrive le 17.

Cette famille de Noailles est un peu plus tranquille, mais elle est toujours bien dans la peine.

Je ne puis encore vous offrir l'hospitalité de Mne Récamier. Elle est toujours réduite au seul service de sa femme de chambre.

Au nom du ciel, ne faites pas de course hasardée. Songez à préserver votre santé.

Mon ami Dupré est logé à l'hôtel des Ministres, rue de l'Université. Il paraît très content de ce gîte. On y est bien comme nourriture et comme logement, et je suis bien convaincu que ce n'est pas plus cher qu'au Bon-Lafontaine.

Mille et mille tendresses.

Donnez-moi souvent de vos nouvelles.

Mme Récamier est désolée de ne pouvoir vous offrir son hospitalité, mais elle est comme moi, elle craindrait pour un voyage rapide.

Hébal.