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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre III

[Ballanche] → [Mme d'Hautefeuille], 25 mars 1835

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 3 min de lecture · p. 42–43 · chapitre 22 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

25 mars 1835.

J'ai fait remettre, hier, chez M. de Kergorlay, un petit paquet qui a dû vous parvenir par votre messager ou aujourd'hui par M. Wilson.

Maintenant que j'entre dans une renommée un peu moins restreinte, on commence à me prendre pour objet de spéculation. Et l'on songe à une édition de grand luxe et à bon marché de mes ouvrages, avec ce que l'on appelle des illustrations, c'est-à-dire avec de belles gravures. Vous serez étonné, sans doute, que l'on veuille s'occuper d'une nouvelle édition avant que les premières soient achevées. Comme l'on veut de belles gravures, en grand nombre, un vrai monument d'art, il faut s'y préparer d'avance. Or, il faut commencer à faire les devis; et voici quinze jours que l'on y travaille, parce que l'on ne veut pas aller à l'aveugle, et qu'il s'agit de fixer le format, de déterminer les dimensions des gravures pour avoir tout à la fois le prix du dessin et de la gravure.

Sitôt que toutes ces choses seront fixées, on se mettra, en même temps, à finir les éditions actuelles, et à préparer, même peut-être à commencer l'édition future et définitive.

Je comptais être beaucoup plus tôt en état de vous parler de ces choses, avec quelque détail, et malheureusement les devis seuls prennent beaucoup de temps.

J'avais le projet d'aller hier chez Mme Le Tissier, mais je n'ai pas pu. En vérité, il n'y a de commode que les habitudes, à moins que l'on ait une bonne voiture, et que l'on se mette à distribuer des visites.

Si vous étiez en ce moment à Paris et que vous voulussiez suivre l'impulsion générale, vous auriez tous les jours un sermon à entendre.

Dites, je vous prie, à M. Sivry1 qu'il commence par étudier la Bible dans la Vulgate : cela le mènera assez loin. Qu'il profite de sa facilité d'étudier les langues, mais qu'il sache bien que l'hébreu ne suffit pas, et qu'il faut qu'il entre dans plusieurs langues de l'Orient. Mais je voudrais que ces études fussent complémentaires au lieu d'être préliminaires. Qu'il commence donc à faire de la poésie et qu'il ne laisse pas passer, pour lui, l'âge de la poésie. S'il n'agit pas ainsi, il court le risque de devenir orientaliste et de cesser d'être poète.

(1) M. Louis de Sivry était fort lié avec M=° d'Hautefeuille et Ballanche. Il a écrit Rome et l'Italie méridionale. Paris, 1843; Précis historique de Saint-Germain en Laye (s. d.), et en collaboration un Dictionnaire géographique, historique, descriptif. 2 vol. Paris, 1851. ↩

Je vous demande mille pardons d'avoir gardé si long-temps vos manuscrits ; j'espère que ce retard n'aura pas nui parce que vous avez autre chose à faire.

Je persiste à croire qu'il sortira de votre merveilleux cerveau, comme disait le phrénologiste, quelque chose qui aura son existence propre.

Je ne veux rien vous dire du poème de Magdeleine parce que je désire avoir votre impression spontanée. Si j'ai désiré que vous le lussiez, c'est parce que j'ai désiré que vous connussiez une œuvre de chercheur. Voici déjà Quinette. Bientôt, il y en aura un autre, Adolphe Dumas. Plus tard, Mme la comtesse d'Hautefeuille, de Saint-Vrain. Toute une génération poétique cherchant une poésie nouvelle.

Savez-vous qu'il y aura de magnifiques morceaux dans le poème de Napoléon que fait Quinette? Je crois qu'il vaincra l'ébouriffement qu'ont excités les fragments insérés dans la Revue des Deux Mondes.

La chaire elle-même finira par créer de nouveaux sermons, malgré la terreur des nouveautés.

Voyez-vous, il faut que la Palingénésie s'accomplisse dans toute la sphère de l'humanité.

C'est dommage, j'étais en train, mais voici que je suis obligé de finir brusquement.

Est-ce que vous ne vous arrangerez pas pour entendre quelques-uns de nos sermons avant la fin du carême ?

Mille tendresses respectueuses et amicales à toute la colonie de Saint-Vrain qui aura, un jour, un nom dans le monde.

Hébal.