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L'Enchanteur 1768—1848

Chapitre XII

Ballanche → [Mme d'Hautefeuille], 23 mars 43

Ballanche et Mme. d'Hautefeuille. Lettres inedites de Ballanche, Chateaubriand, Sainte-Beuve, Mme. Récamier, Mme. Swetchine, etc · 2 min de lecture · p. 219 · chapitre 173 sur 204

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris H. Champion, 1912, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

23 mars 43.

Je suis désolé de votre retard. Je vois bien que votre séjour va être écourté au point que nous aurons à peine le temps de nous voir.

La santé de Mme de Chateaubriand ne nous donne pas encore d'inquiétude, mais l'inquiétude peut venir d'un moment à l'autre. Je commence à craindre une fluxion de poitrine. Quoi qu'il en soit, la maladie est très grave. Il paraît que c'est la quête de Marie-Thérèse qui lui a donné trop d'embarras. Cette quête a été très productive, car elle a rendu plus de 12,000 fr., ce qui est prodigieux à cause de la concurrence des quêtes. Au reste, vous ne sauriez croire combien on recueille d'argent pour toutes les œuvres. Les quêtes pour la Guadeloupe produisent beaucoup aussi.

C'est le beau côté de ce temps-ci.

La maladie de Mme de Chateaubriand est venue bien mal à propos; sa santé à lui devenait, de plus en plus, meilleure.

Nous allions recommencer à organiser des lectures.

Mme Récamier, cette fois, a bien de la peine à se remettre. Il y a un peu de grippe, et peut-être aussi le mouvement de la saison.

Je crois que les astronomes ont été pris au dépourvu. Ils en sont encore à étudier leur leçon.

Pascal appelle l'homme un roseau pensant. Il y a sur la terre un milliard de tous ces roseaux plus ou moins pensants. Il est certain qu'il faudrait bien peu de chose pour appeler tous ces roseaux au pied de l'Éternel. Ce serait l'affaire d'une seconde. J'aime assez à voir les savants pris au dépourvu.

Les chimistes éminents n'ont plus de moqueries pour les alchimistes anciens.

Il serait fort possible que les astronomes deviennent moins superbes à l'égard des astrologues.

La marée qui a commencé à Galilée va peut-être se retirer.

Quant à moi, j'en suis convaincu.

Vous ne pouvez comprendre à quel point d'incapacité je suis descendu.

Je voulais faire une petite édition de la Vision d'Hébal, mais une édition qui ne fût pas destinée au public.

Cette vision étant destinée à subir de grandes modifications, je voulais qu'elle subsistât encore avec sa première forme.

J'avais commencé l'impression pendant que M. Guillemon était à Paris.

J'y joignais quelques fragments.

Je n'avais autre chose à faire qu'une petite préface pour expliquer cette demi-publication. Il m'a été impossible de faire ce rien. J'ai suspendu l'impression et j'en suis là.

Ne trouvez-vous pas que c'est assez triste? Je voudrais cependant bien que cette incapacité ne s'étendît pas jusqu'aux lettres que je voudrais vous écrire.

Mille et mille respectueuses tendresses.

Ballanche.