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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 8 août 1836, Paris

Livre VIII · Livre VIII (suite)

Chateaubriand → Mme Récamier, 8 août 1836, Paris

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 450–451 · chapitre 472 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Paris, 8 août 1836.

« Tandis que vous vous fâchiez si mal à propos, que vous vous plaigniez de n'avoir pas de longues lettres pour avoir un prétexte de n'écrire que deux mots, ou ne pas écrire du tout, moi je mourais d'ennui, de contrariétés de toutes les sortes, afin d'obtenir la permission d'aller vous retrouver, pour que vous ne reveniez pas trop vite à Paris, de peur que votre santé ne souffrît de ce retour que vous ne désirez pas. Je l'ai obtenu ce congé, à force de patience. Il faut maintenant que je fasse raccommoder ma voiture qui est toute brisée; elle sera prête à la fin de la semaine. Je pourrai partir dimanche ou lundi 15.

« Voulez-vous que j'aille directement à la Rivière-

Thibouville1, en finissant par Dieppe; ou voulez-vous que je commence par Dieppe en finissant par Saint-Éloi? Vous avez le temps de me tracer mon voyage, en me répondant tout de suite.

1. Relais de poste le plus voisin de la propriété de M. Lenormant, ↩

« Voilà comme je réponds à vos fâcheries; et je vous jure que, pour personne au monde que vous, je ne courrais les grands chemins à présent. Je suis las de tout mouvement ; je veux définitivement fixer et terminer ma vie, ne plus reparaître d'aucune façon sur la scène du monde, pas même en explorateur des grandes chutes.

« Hyacinthe est revenu de Genève; il m'a rapporté mes papiers, et quoique je n'aie pas le cœur aux Mémoires, quand j'aurai fini ce qui vous regarde, je ferai une ou deux pages par jour tant que je vivrai, pour remplir ces tristes conditions de mon marché, et pour atteindre les deux heures où je vous vois, qui sont toute ma vie.

« Voyez comme tout passe. Qui pense aujourd'hui à ce pauvre Carrel? Et il y a à peine quinze à seize jours qu'il était tout vivant au milieu de nous ! Cet homme-là valait pourtant mille fois mieux que les trois quarts des hommes qui lui survivent.

« Je ne sais si je verrai vos amis, et s'ils sont à Paris; hors M. Ampère, je ne me soucie de voir personne. Si vous avez des commissions, donnez-les-moi. Adieu, la plus ingrate et la plus gâtée des femmes.

« J'aurai pourtant du bonheur à voir cette chapelle et à y prier pour vous.

« Hommages toujours à votre nièce, et souvenir à M. Lenormant. »