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L'Enchanteur 1768—1848

Livre VI · Livre VI (suite)

M. de Latouche → Mme Récamier

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 1 min de lecture · p. 197–198 · chapitre 302 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Madame, « J'ai vu, il y a peu de jours, un bon et honnête vieillard qui s'afflige profondément de votre oubli. Il n'y a point de caractères et d'âges différents qui puissent échapper à cette peine-là. Il est si honorable et si doux d'avoir avec vous quelques rapports, que le sentiment de son chagrin est bien naturel. Vous comprenez, Madame, que je parle de M. Desbordes. Du reste, Marcelline, comme dit le respectable oncle, a enfin touché sa pension. Ses amis ont triomphé de ses scrupules. Elle viendra elle-même vous remercier au printemps prochain.

« Il n'y a pas jusqu'à ce petit village d'Aulnay, que vous avez si brusquement et si complétement abandonné, qui n'ait gardé de vous plus d'un souvenir.

« Je connais là un vieux laboureur qui est vêtu et nourri par vos soins. Il parle de vous avec reconnaissance. Avant que vous n'eussiez intéressé à son sort M. le vicaire de Sceaux, une oisiveté complète et peut-être aussi quelques mauvais traitements de ses enfants avaient fait croire à ce pauvre vieux homme qu'il ne vivait plus : c'est à la lettre, il se croyait mort. S'il avait pu se rendre compte de ses idées, il se serait cru dans une existence intermédiaire, dans une sorte de purgatoire. S'il racontait un fait, il disait toujours : « De mon vivant. Oh oui! « de mon vivant, le soleil était plus chaud, il y avait plus de fruits. » Cette bizarre persuasion n'est-elle pas touchante ?

« Maintenant il s'exprime comme un autre; mais je suis sûr que si on lui parlait des anges, il croirait en connaître un.

« Agréez, Madame, l'hommage de mes sentiments inviolables.

H. de Latouche.