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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier La duchesse Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 5 mars 1838, Dampierre

Livre V · Livre V (suite)

La duchesse Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 5 mars 1838, Dampierre

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 1 min de lecture · p. 135 · chapitre 269 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Dampierre, ce lundi 5 mars 1838.

« En vous renvoyant, Madame, la moitié de ce que vous avez bien voulu me prêter, je demande avec instance de vos chères nouvelles.

« Je sais depuis quelques jours que votre ami doit bientôt faire paraître un ouvrage sur le congrès de Vérone. J'ai aussi entre mes mains un grand travail sur le même sujet, fait en entier par le plus véridique des hommes qui le termina longtemps avant sa mort. J'aimerais mieux que ce dépôt sacré et tant de douloureux souvenirs restassent à jamais où je les ai placés; mais si l'ouvrage annoncé ne se trouvait pas entièrement en harmonie avec ma pièce officielle, je me croirais obligée de la livrer à l'impression, étant sûre de l'exactitude des faits énoncés par le plus consciencieux des hommes.

« Votre ami a-t-il jamais bien su à quel point M. de Villèle avait été opposé à son entrée au conseil (même sans portefeuille) : jamais M. de Montmorency ne l'a pu obtenir du ministre prépondérant. Ses sollicitations à ce sujet étaient cependant d'autant plus pressantes qu'il a toujours regardé l'esprit et le talent de M. de Chateaubriand comme excessivement utiles dans les conseils du roi, et qu'il voyait clairement qu'aucune des plus belles ambassades ne le satisferait entièrement.

« Jugez de ma surprise lorsque ce même M. de Villèle, qui redoutait tant d'avoir votre ami pour collègue, le nomma ministre des affaires étrangères après le congrès. Certes, il fallait qu'il n'y eût pas une autre personne en France capable de remplir cette place, ou que le président du conseil ne sût à cette époque où donner de la tête. Je vous demande de communiquer ces détails à M. de Chateaubriand. M. de Montmorency ne parlait guère de ce qui pouvait le faire valoir, aussi je les crois peu connus.

« Pensez à moi, chère Madame, beaucoup à Dieu et aux mécomptes de cette triste vie, qui ne durera pas toujours. »