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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 13 janvier 1829, Rome

Livre VII · Livre VII (suite)

Chateaubriand → Mme Récamier, 13 janvier 1829, Rome

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 308–309 · chapitre 374 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Rome, mardi 13 janvier 1829.

« Hier au soir, je vous écrivais à huit heures la lettre que M. du Viviers vous porte ; ce matin, à mon réveil, je vous écris encore par le courrier ordinaire, qui part à midi. Voici une petite histoire. Vous connaissez les pauvres Dames de Saint-Denis : elles sont bien abandonnées, depuis l'arrivée des grandes Dames de la Trinité-du-Mont. Sans être l'ennemi de celles-ci, je me suis rangé avec Mme de Chateaubriand du côté du faible. Depuis un mois, les Dames de Saint-Denis voulaient donner une fête à M. l'ambassadeur et à Mme l'ambassadrice : elle a eu lieu hier à une heure après midi.

« Figurez-vous un théâtre arrangé dans une espèce de sacristie qui avait une tribune sur l'église : pour acteurs, une douzaine de petites filles, depuis l'âge de huit ans jusqu'à quatorze ans, jouant les Machabées. Elles s'étaient fait elles-mêmes leurs casques et leurs manteaux ; elles déclamaient leurs vers français avec. une verve et un accent italien le plus drôle du monde ; elles tapaient du pied dans les moments énergiques. Il « y avait une nièce de Pie VII, une fille de Thorwaldsen et une autre fille de Chauvin le peintre. Elles étaient jolies incroyablement dans leur parure de papier. Celle qui jouait le grand prêtre avait une grande barbe noire qui la charmait, mais qui la piquait, et qu'elle était obligée d'arranger continuellement avec une petite main blanche de treize ans.

« Pour spectateurs, nous, quelques mères, les religieuses, Mme Salvage, deux ou trois abbés, et une autre vingtaine de petites pensionnaires, toutes en blanc avec des voiles. Nous avions fait apporter de l'ambassade des gâteaux et des glaces. On jouait du piano dans les entr'actes. Jugez des espérances et des joies qui ont dû précéder cette fête dans le couvent, et des souvenirs qui la suivront! Le tout a fini par un Vivat in œternum chanté par trois religieuses dans l'église. C'est pour vous que je voudrais éternellement vivre. Je finis. Vous devez être lasse de mes lettres et de mes fadeurs.

« J'ai vu dans les journaux mon dîner chez Guérin et l'histoire de notre tombeau du Poussin.