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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Le duc de Laval Montmorency → Mme Récamier, 19 juillet 1824, Paris

Livre V · Livre V (suite)

Le duc de Laval Montmorency → Mme Récamier, 19 juillet 1824, Paris

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 119–120 · chapitre 260 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

«Paris, 19 juillet 1824.

« Je suis indigne de vos éloges sur ma correspondance; elle est sèche, elle est réservée, elle ne saurait vous instruire.

René1 s'est fait un mal affreux, peut-être irréparable, par l'éclat inouï qu'il a mis dans l'expression de sa vengeance. Sans doute, il ne s'est pas fait de mal à lui seul, et plus d'une personne est blessée; je ne suis pourtant pas de ceux qui croient que ces blessures soient mortelles. Il faut s'attendre à des mesures nouvelles aussitôt après la clôture des chambres. Elle aura lieu dans les premiers jours d'août; les députés finiront cette semaine.

1. M. de Chateaubriand. ↩

« Dans le public, on parle beaucoup du retour de celui2 qui s'est trop précipité il y a dix-huit mois. Sa position est belle, sa considération immense et plane sur toutes les autres. Sous ce rapport, il a beaucoup grandi. On a rapproché sa conduite de la violence et, des procédés de l'autre. Il est calme, il attend, il ne sera pas pressé; il n'a pas d'ennemis, il a beaucoup d'admirateurs. Personne au monde n'a plus de loyauté dans la conduite et plus de dévouement à la chose publique, sans intérêt personnel. Ce que je dis là n'est que le rabâchage de ce qu'on entend dans toutes les conversations.

2. Le duc Mathieu de Montmorency. ↩

« Comme M. de Talaru revient de Madrid par congé, on parle de lui pour la place vacante; je n'en suis pas persuadé. Ce qui me paraît le plus - probable, c'est que d'ici à un mois, avant la Saint-Louis, le président fera quelques changements assez considérables dans la haute administration, pour reconquérir ce qu'il a perdu dans l'opinion publique. La majorité de la chambre des députés lui est encore. dévouée, il a le cœur du roi et de Monsieur; avec d'aussi grands avantages, on n'est pas mal dans ses affaires.

« Me de Luynes est arrivée hier au soir de Dampierre, pour voir sa petite-belle-fille au lit de mort. Elle meurt de la poitrine, grosse de six mois ; quelle horreur ! Je ne vois que tristesses autour de moi. Je reste ferme dans mon dessein de partir à la fin de septembre; je crois que je m'embarquerai à Marseille, sur un petit bâtiment du roi que me donnera le ministre de la marine.

« Depuis vingt-quatre heures, les journaux semblent tendre à une espèce de conciliation entre M. de Chateaubriand et son ennemi. Cette querelle se terminera-t-elle encore par une ambassade?

« Vous recevrez des lettres plus instructives que les miennes.

« Mille et mille assurances d'un éternel attachement. »