Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 1er janvier 1829, Rome

Livre VII · Livre VII (suite)

Chateaubriand → Mme Récamier, 1er janvier 1829, Rome

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 1 min de lecture · p. 296 · chapitre 367 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Rome, 1er janvier 1829.

« 1829 ! J'étais éveillé ; je pensais tristement et tendrement à vous, lorsque ma montre a marqué minuit. On devrait se sentir plus léger à mesure . que le temps nous enlève des années; c'est tout le contraire : ce qu'il nous ôte est un poids dont il nous accable. Soyez heureuse, vivez longtemps; ne m'oubliez jamais, même lorsque je ne serai plus. Un jour il faudra que je vous quitte : j'irai vous attendre. Peut-être aurai-je plus de patience dans l'autre vie que dans celle-ci, où je trouve trois mois sans vous d'une longueur démesurée.

« Je reçois ce matin tous les Français. Me Salvage dîne pour la première fois à l'ambassade J'aime cette femme, parce qu'elle me parle de vous. J'ai pris aussi en amitié Visconti, parce qu'il me demande toujours quand vous arrivez. Il a décou vert un endroit excellent pour faire une fouille; nous allons la commencer. Si je trouve quelque chose, je le partagerai avec vous. Voilà le premier plaisir que j'aurai à Rome. Je me fais une espèce de fête d'assister au premier coup de bêche. Si j'allais voir sortir quelque chef-d'œuvre de la terre; c'est là, par exemple, un genre d'intérêt que peuvent seules offrir l'Italie et la Grèce.

« Je vous ai écrit deux fois de retirer Moïse. Conservez le manuscrit ; c'est le seul que j'aie avec les dernières corrections. J'ai encore le cœur bien gros de cette affaire. On sacrifie difficilement les dernières illusions de la vie ; cela m'apprend de plus en plus à me détacher de tout, excepté de vous. Je vous quitte pour m'habiller. Vous devez penser au supplice de cette existence pour moi. Bonne année! Elle sera bonne, puisque dans quelques mois je serai avec vous. »