Livre V · Livre V (suite)
Le duc de Doudeauville → Mme Récamier, 27 juillet 1824, Paris
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« Paris, 27 juillet 1824.
« Je viens de recevoir votre lettre du 13, Madame, et je m'empresse de vous en remercier, en vous assurant du plaisir bien vrai que me font vos nouvelles, et entre autres celle de votre heureuse arrivée à Naples.
« Mais vous désirez que je vous parle de Paris, et c'est ce que je vais faire. Dans ce moment où il y a un ministre des affaires étrangères à nommer, d'autres peut-être à changer, du moins selon le dire et le désir de bien des gens, on ne parle d'autre chose. On porte le modeste directeur des postes tantôt à un ministère, tantôt à un autre, mais il témoigne constamment de sa répugnance pour tous. Il aimerait bien mieux cent fois que Mathieu ou Sosthènes, à qui cela plairait bien davantage, y arrivassent, mais il n'y a nulle apparence.
« En attendant, les passions, les ambitions s'agitent de toutes parts,' et cela surtout contre M. de Villèle. Mais il a pour lui son talent, son indispensabilité, la difficulté de le remplacer ; il a pour lui le roi, Monsieur, la Chambre des députés, les trois-quarts de la France, les royalistes raisonnables, les honnêtes libéraux, et même les ambassadeurs étrangers, qui ne le goûtaient pas beaucoup et qui sont très-contents depuis qu'ils traitent directement avec lui : on est bien fort avec tout cela, et on a bien des moyens de déjouer les intrigues de tout genre. M. Royer-Collard disait dernièrement à M. de Jessaint, qui est à Paris : « Je ne suis pas l'ami de M. de Villèle, il s'en faut, et pourtant je fais des vœux pour qu'il reste; car s'il partait, je ne sais ce que nous deviendrions. » Si un demi-libéral, si un antagoniste de M. de Villèle en parle ainsi, que devons-nous en penser ?
« Vous avez su la mort de la jeune duchesse de Luynes, grosse de cinq mois. Je suis toujours affligé et presque choqué de voir la jeunesse passer ainsi avant des cheveux gris comme les miens; c'est le seul passe-droit dont je serais tenté de me formaliser. »