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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Le duc Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 24 mars 1825, Paris

Livre VI · Livre VI (suite)

Le duc Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 24 mars 1825, Paris

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 3 min de lecture · p. 169–170 · chapitre 285 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Paris, ce 24 mars 1825.

« Je voulais vous écrire, aimable amie, avant-hier en même temps qu'à Adrien ; je fus trop pressé par l'heure fixée pour un courrier de Rothschild : il s'est trouvé que ce courrier n'est pas parti, que mes lettres portées aux Affaires étrangères y sont arrivées trop tard, et, selon toute apparence, celle-ci vous arrivera aussi tôt.

« J'éprouve une véritable émotion de penser que cette lettre est vraisemblablement la dernière qui vous rejoindra à Rome, et que, peu de temps après l'avoir reçue, vous vous mettrez en route pour vous rapprocher de nous. Il reste toujours le regret presque irréparable de n'avoir pas consacré à la religion, à l'amitié et à l'instruction d'un beau voyage, cet hiver qui vient de s'écouler : mais enfin, nous marchons rapidement vers le moment où il n'y aura pas moyen de songer à des regrets.

« Tâchez de vous arranger pour arriver au moins dans les premiers jours de mai, que nous ayons le bonheur d'en passer quelques-uns avec vous avant le départ pour Compiègne et Reims, qui jusqu'à présent n'est pas retardé au delà du 8 ou 10, quoiqu'on ait parlé d'un ajournement de quelques semaines.

« J'ai rencontré l'autre jour sur le boulevard M. Récamier, que j'abordai, et qui me confirma ces aimables projets de retour. J'ai aussi parlé de vous avec Mme de Boigne, qui est mieux, et hier même avec Me de Broglie, que vous trouverez, je le crains, un peu maigrie et changée, mais qui est toujours la même pour son charme de douceur et de bonté, au milieu d'opinions bien vives et plus prononcées que jamais.

« Je me plains, aimable amie, de ce qu'avec votre laconisme accoutumé vous ne m'avez rien dit de l'époque précise de votre jubilé, auquel j'aimerais beaucoup à m'unir. Je fais traduire le petit livre que m'a envoyé Adrien pour les prières de la sainte année. Vous êtes bien sûre de toutes les manières d'avoir une bonne place dans les miennes pendant cette semaine qui va commencer, qui nous rappelle de si imposants mystères, et dans laquelle on repasse naturellement sur les sentiments les plus intimes et sur toutes ses affections. La mienne est inaltérable; l'absence n'a fait que me la faire mieux sentir, et il semble que les bonnes habitudes rapportées de Rome ne feront que lui imprimer un nouveau sceau.

« Est-il vrai que vous destiniez votre bel appartement à Me Swetchine, dont on dit que vous êtes devenue inséparable?

« Vous aurez su l'indisposition du duc de Doudeauville, qui à été un moment grave, mais qui est devenue un simple catarrhe, de jour en jour plus civilisé. Je suis charmé que vous rendiez justice à ce bon duc, à qui chaque jour m'a fait m'attacher davantage, malgré ce qu'il y a eu de différences dans notre marche à tous deux. Vous plaignez sans doute beaucoup Mme de Bourgoing1, dont la fille paraît se mourir. Adieu, aimable amie. Hommages tendres à Amélie et bien des tendres choses à l'ambassadeur; pour vous, tout ce que vous savez. »

1. La baronne de Bourgoing, cette mème amie dont il a été question lorsque Mme Récamier s'établit à l'Abbaye-au-Bois; elle était, à la date de la lettre de M. de Montmorency, surintendante de la maison royale de la Légion d'honneur à Saint-Denis, et sa fille, la maréchale duchesse de Tarente, se mourait en effet. ↩