Livre VII · Livre VII (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier, 4 avril 1829, Rome
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Rome, 4 avril 1829.
« Je reçois votre lettre du 23 mars. Je vois en même temps, dans le Constitutionnel, toute sa bataille avec le Messager sur mon discours ; puis sera survenue la réponse toute en louanges du cardinal Castiglioni, puis la nomination de ce même cardinal pour pape. Il ne s'agit pas de tout cela à présent, mais de vous voir. Vous allez perdre votre nièce; vous me retrouverez : sera-ce une compensation ?
« Le congé est demandé. Quant aux projets de ministère, je n'y ai pas du tout le cœur. Mon goût décidé est le repos, et s'il me passe encore quelquefois des rêves de puissance par la tête, je ne les dois qu'aux inspirations étrangères à mon état naturel. Laissons tout cela. Je vous verrai bientôt; bientôt vous serez ici, ou je serai à l'Abbaye-aù-Bois.
« Ma santé n'est pas bonne : je ne me promène pas du tout le soir; je me soigne comme si j'étais un autre; je prends deux fois le jour le lait d'ânesse ; je marche deux heures avant mon dîner par régime, je ne veille qu'à mon corps défendant, et, malgré tout, je souffre. Avant-hier, dans la nuit, j'ai cru que j'étoufferais; ma goutte ou mon rhumatisme était remonté dans mon estomac et de là dans ma tête. Je ne suis plus qu'un invalide dont le cœur reste tout entier pour vous.
« Demain on couronne mon pape, mais le temps est affreux ; il pleut à verse depuis cinq ou six jours. Mercredi, je donne à dîner à tout le conclave, et jeudi à la grande-duchesse Hélène de Russie.
« J'oubliais de vous dire que le cardinal Fesch s'étant très-bien conduit dans le conclave et ayant voté avec nos cardinaux, j'ai franchi le pas et je l'ai invité à dîner. Il a refusé par un billet plein de mesure, auquel j'ai répondu par le billet ci joint. »
M. de Chateaubriand au cardinal Fesch.
« J'aurais voulu, Monsieur le cardinal, répondre plutôt au billet que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Il augmente infiniment mes regrets et ceux de Me de Chateaubriand. Espérons que le temps viendra où tous les obstacles seront levés. Grâce à la magnanimité de son roi, la France est assez forte désormais pour braver des souvenirs : la liberté doit vivre en paix avec la gloire.
« Je prie Votre Éminence de croire à mon dévouement, et d'agréer l'assurance de ma haute considération. »
En même temps, M. de Chateaubriand envoyait à Mme Récamier le billet suivant destiné au jeune Canaris.