Livre VIII · Livre VIII (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier, 12 juillet 1843, Bourbonne
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Bourbonne, 12 juillet 1843.
(Dictée.) — « Je comptais vous écrire de ma main, mais j'avais compté sans mon hôte. Les douches, qui me fatiguent horriblement, ont enlevé le reste de ma force. Vos jugements sont bien sévères sur la rue du Bac, mais songez aux différences d'habitudes. Si vous jugez comme des niaiseries ce qui occupe de ce côté-là, on juge aussi comme des niaiseries ce qui vous occupe de votre côté : il ne faut que changer de point de vue.
« Rien, je vous assure, ne m'intéresse ici. Il m'est venu hier des collégiens qui m'ont fait de la musique dans la rue. Je ne sais, du reste, s'il existe quelques , personnes ici : ce qu'il y a de sûr, c'est que j'ai fermé ma porte, et que je ne vois pas un chat. Votre heure ne sera jamais employée que pour vous. Hélas ! que votre vie ne soit pas dérangée par mon absence : j'approche du terme où vous n'aurez plus qu'à penser à moi pour toujours.
« Je suis à ma troisième douche. Elles m'accablent ; mais je ne veux pas qu'on ait rien à me reprocher : on ne dira plus que je ne fais rien, parce que je ne crois à rien.
« Que vous êtes bonne de m'écrire! et je suis si touchée de votre écriture lassée, que je veux vous en remercier par un mot de la mienne
« Quand donc Amélie aura-t-elle un successeur de plus? Il faut être bien jeune pour se tromper d'un si grand nombre de jours. Vous allez revoir les Noailles , je vous en félicite.