Livre VI · Livre VI (suite)
Le duc de Laval Montmorency → Mme Récamier, 8 avril 1827, Rome
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« Rome, 8 avril 1827.
« Je vous remercie bien amicalement de votre lettre du 16 mars : je ne vous adresserai point de reproches sur un silence que vous avez longtemps gardé. Nous sommes convenus que ce silence qui toujours blesse l'amitié, et souvent la tue, ne faisait aucun mal à la vôtre, par une exception qui n'appartient qu'à vous.
« Ainsi, je veux croire, et je le sens encore hien mieux que je ne le crois, que tant d'années de confiance, d'intimité et d'amitié entre nous ne seront jamais perdues. Les malheurs, les pertes qui nous ont accablés et surtout la dernière que nous avons si tendrement, si cruellement partagée, nous garantissent une inaltérable amitié; elle s'est fortifiée, elle s'entretient par des regrets, par des souvenirs communs.
« Nous entrons dans une époque grave, dansune semaine sainte, qui nous ramène plus particulièrement aux souvenirs de cet angélique ami dont il aurait fallu, dont il faudrait encore imiter les exemples, pour mériter le prix céleste qu'il a obtenu. Ce que vous me mandez de cette pauvre veuve1 qui s'est réfugiée à la campagne, qui fait du bien, dit-elle, sans attrait pour la charité, est quelque chose qui attriste, qui serre le cœur. Cette magnificence dans ses aumônes, qui s'allie avec tant de sécheresse, me confond et offre la composition du caractère le plus bizarre et le plus à plaindre. Cette douleur impitoyable, qui se rapporte à un unique objet, sans compassion pour les autres, sans besoin de communication, enfin tout ce que vous me faites entendre, à cet égard, me pénètre de mélancolie. A côté de cette douleur, est une autre douleur d'une tout autre nature, celle de la mère2, de ma pauvre tante, toujours attrayante, toujours aimable et qui plaît avec toute l'insouciance du désespoir. Pauvre, malheureuse, presque anéantie famille que la mienne! Voilà pourquoi les pays éloignés, la terre étrangère me conviennent. »
1. La duchesse Mathieu de Montmorency qui s'était fixée dans sa terre de Bonnétable. ↩
2. La vicomtesse de Laval, mère du duc Mathieu. ↩