Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Le duc de Laval Montmorency → Mme Récamier, 24 milles de Rome, ce 9 avril 1826, Palo

Livre VI · Livre VI (suite)

Le duc de Laval Montmorency → Mme Récamier, 24 milles de Rome, ce 9 avril 1826, Palo

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 202–203 · chapitre 306 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

«Palo, à 24 milles de Rome, ce 9 avril 1826.

« Je reçois dans la solitude, où ma douleur s'est réfugiée, votre lettre si pénétrante de la même douleur. Je vous remercie, chère amie, de m'avoir adressé vos peines, de m'avoir envoyé vos larmes, et si votre cœur est navré, est déchiré, a besoin de rencontrer des malheureux comme vous, pour la même cause que vous, vous avez raison de penser à moi.

« Vous connaissiez toutes les vertus de sa vie, comme vous connaissez toutes les faiblesses de la mienne, et vous aviez la confiance, le secret de cette amitié que j'ai portée dans mon cœur, depuis ses premiers battements jusqu'au dernier jour de la vie de notre ami.

« Y eut-il jamais un sentiment plus fraternel, plus sympathique, plus inaltérable? Je le dis è vous, chère amie, je l'avoue sans fausse modestie : je n'ai eu quelque mérite, quelque honneur dans ma vie que dans les actions qui m'ont été communes avec mon angélique ami.

« Je relis encore votre lettre pleine de charme et de douleur, vous sentez toute l'étendue de votre perte. Vous et moi, nous en sentirons tous les jours une nouvelle, une plus vive, une plus désolante amertume.

« Je le pense bien sincèrement : depuis cinq à six jours que j'ai reçu cette fatale nouvelle, mon cœur se déchire, ouvre ses anciennes plaies ; c'est un état bien digne de pitié. Eh bien ! je suis convaincu que la réflexion, l'habitude de la douleur, mais la nécessité de la couvrir de l'indifférence du temps et de la distraction, nous rendent encore plus malheureux.

« Lui seul est heureux : il l'est, sans doute; il voit du ciel nos pleurs, nos désolations, nos hommages ; Il sera notre protecteur là-haut, comme il était notre ami, notre appui sur la terre.

« Nous nous reverrons probablement cet été pour quelques mois. C'est le plus grand effort, le plus grand sacrifice que je puisse faire à ce qui me reste de famille, que de retourner à Paris. Je me sens à cet égard la plus invincible répugnance, Paris ne se présente à mes yeux que comme le tombeau de toutes mes espérances, de mes consolations, et de toutes nos générations.

«Je vous offre mes plus tendres, mes plus sympathiques amitiés, et je vous prie de continuer m'écrire. »