Livre V · Livre V (suite)
La reine Hortense → Mme Récamier, 11 septembre 1824, Arenenberg
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Arenenberg, ce 11 septembre 1824.
« J'attendais de vos nouvelles à votre retour de Naples ; je n'en ai pas, et je ne sais où vous trouver. Je vous supposais sur la route de Paris, parce que je suppose toujours qu'on va où le cœur mène et où l'on peut être utile à ses amis. Il est curieux de penser comme les liens de l'affection forment une chaîne. Comment ! moi-même, retirée du monde, étrangère à tout, est-ce que je n'ai pas été fâchée de voir un homme distingué éloigné des affaires! Est-ce l'intérêt que vous m'y avez fait prendre? ou bien est-ce, comme Française, que j'aime à trouver en honneur dans mon pays le mérite et la supériorité?
« Je ne suis plus si isolée en ce moment. J'ai avec moi ma cousine la grande-duchesse de Bade ; c'est bien la personne la plus distinguée qu'on puisse rencontrer. Le brillant de son imagination, la vivacité de son esprit, sa raison, et ce charme qui naît de l'accord de toutes les facultés, en font une femme charmante et remarquable ; elle anime ma retraite, adoucit ma profonde douleur. Nous parlons la langue . de la patrie; c'est celle du cœur, et vous la connaissez, puisqu'à Rome nous nous entendions si bien. Aussi je réclame votre promesse de passer par Arenenberg. Il me sera toujours bien doux de vous revoir : je ne puis vous séparer d'une de mes plus vives douleurs ; c'est vous dire que vous m'êtes chère et que je serai heureuse de retrouver l'occasion de vous assurer de tous mes sentiments.
I Hortense