Livre VII · Livre VII (suite)
Chateaubriand → Mme Récamier
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Rome, le mardi 25 novembre 1828. , « Ce malheureux courrier arriéré du samedi (22) doit arriver ce matin : mais arrivera-t-il avant le départ de la poste, qui a lieu à deux heures, et m'apportera-t-il quelque chose de vous? J'espère cette semaine un courrier extraordinaire qui me dédommagera de toutes mes espérances trompées.
« Je connais toutes les nominations au conseil d'État : j'en suis charmé parce qu'elles m'acquittent envers mes amis politiques; on m'a tenu parole : Bertin de Vaux, Villemain, Agier, Pressac, sont placés. Maintenant je puis me retirer en paix, et c'est à quoi vont tendre tous mes efforts. Je veux rentrer pour toujours dans la retraite et vivre pour vous et pour moi. Je ne veux faire la guerre à personne : soit ministre qui voudra, qui pourra, il ne me rencontrera plus sur sa route, hors le seul cas d'une attaque au trône ou aux libertés publiques.
« Dans le peu de temps que je demeurerai à Rome, je tâcherai de ne blesser personne. Le clergé « de ce pays n'a pas fait la faute du clergé de France : il ne s'est pas avisé de me regarder comme un ennemi. Aussi, dans les rangs élevés, a-t-il beaucoup plus de lumières et de tolérance. Les chefs d'ordre surtout sont des hommes très-distingués, et qui se sont souvenus de ce que j'avais dit des religieux dans le Génie du christianisme. Quant aux artistes, je les soigne de mon mieux. J'ai déjà eu le bonheur de rendre quelques services à des malheureux. La société trouve Me de Chateaubriand polie et mes dîners bons. Je tâcherai de conduire ainsi les choses jusqu'au printemps.
« Notre affaire de Moïse (et c'est la grande affaire) doit être maintenant en pleine activité entre vos mains. Je brûle d'en savoir des détails. Mais ce que j'ai bien plus à cœur que tout cela, c'est de rentrer dans mon infirmerie, d'aller vous chercher tous les jours à l'Abbaye, de me promener avec vous, et de vous bâtir une maison dans mon jardin, digne de vous recevoir et de devenir votre maison de campagne pendant l'été. »