Livre V
Livre V (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Aussitôt que M. de Chateaubriand eut connu Mme Récamier, il désira mettre sa femme en rapports avec elle, et il l'amena à l'Abbaye-au-Bois. Il se forma entre ces deux dames une relation qui, sans être intime, fut toujours gracieuse et obligeante.
Me de Chateaubriand, qui avait une âme élevée, des affections vives et profondes, un dévouement réel et l'admiration la plus entière pour son mari, avait infiniment plus d'esprit et d'originalité que de prudence et de raison ; sa tendresse, fort exigeante sur ce qui lui semblait dû à l'objet de son culte, avait trop souvent pour résultat d'agiter, d'inquiéter ou d'irriter M. de Chateaubriand. - Elle affichait la prétention de ne pas connaître les œuvres littéraires de l'homme dont elle était fière de porter le nom ; mais cette prétention était très-mal fondée, et plus d'une fois on l'a surprise lisant quelque livre de son mari.
Mme de Chateaubriand contait agréablement; elle avait une politesse parfaite, des manières extrêmement distinguées, mais l'humeur inégale. Ce qui ne variait point chez elle, c'était la charité : une charité active, entendue, qui savait organiser, et dans laquelle elle mettait de la constance et de la suite.- Elle était de taille moyenne, șes yeux étaient beaux; son visage portait la trace visible de la petite vérole, et sa santé toujours chancelante la réduisait à une maigreur quasi diaphane. C'était, en un mot, une personne bonne et généreuse, mais impossible à prévoir, et peu commode à vivre.
On verra par la suite de cette correspondance combien elle comptait sur l'influence salutaire de Me Récamier, et avec quelle confiance elle y recourait.