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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 17 mars

Livre VII · Livre VII (suite)

Chateaubriand → Mme Récamier, 17 mars

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 1 min de lecture · p. 345 · chapitre 396 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« 17 mars.

« Tous les matins nous espérons un pape, et tous les soirs nos espérances s'évanouissent ; cependant il est impossible que nous n'en ayons pas un, au moins pour la semaine sainte. Or nous toucherons à cette semaine; quand cette lettre vous arrivera. Au reste, nous voilà au milieu des plus grands événements de ce bas monde. Un pape à faire : qui sera-t-il? L'émancipation des catholiques passera-t-elle? Une nouvelle campagne en Orient : où sera la victoire? Profiterons-nous de cette position? Qui conduira nos affaires? Y a-t-il une tête capable d'apercevoir tout ce qu'il y a là dedans pour la France, et pour en profiter selon les événements? Je suis persuadé qu'on n'y pense seulement pas à Paris, et qu'entre les salons et les chambres, les plaisirs et les lois, les joies du monde et les inquiétudes ministérielles, on se soucie de l'Europe comme de Colin-Tampon. Il n'y a que moi qui, dans mon exil, ai le temps de songer creux du haut de mes ruines, et de regarder autour de moi.

« Hier, je suis allé me promener, par une espèce de tempête, sur le chemin de Tivoli. Je suis arrivé à l'ancien pavé romain, si bien conservé qu'on croirait qu'il a été posé nouvellement. Horace avait pourtant passé par là et foulé les pierres que je foulais ; et où est Horace? Allons vite vous retrouver pour ne plus vous quitter : c'est le résultat de toutes mes réflexions. A jeudi. »