Livre III
Livre III (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Il ne faudrait point voir dans le langage attristé et presque sévère des deux amis dont le cœur était si profondément dévoué, une simple jalousie d'affection ; leur inquiétude était plus noble et plus désintéressée.
Ce qu'ils redoutaient l'un et l'autre, c'était que le repos de Me Récamier ne fût troublé par le contact d'une existence sans cesse agitée ; ils s'effrayaient des inégalités de caractère d'un homme que les succès mêmes de son talent n'avaient jamais défendu de la plus incroyable mélancolie. Objet d'une sorte d'idolâtrie pour ses contemporains, et plus particulièrement encore gâté par l'enthousiasme des femmes, M. de Chateaubriand, souverain par le génie, avait subi les inconvénients de tous les pouvoirs absolus : on l'avait enivré de lui-même.
Mais ces nuages ne devaient point durer : la parfaite droiture de l'âme de Me Récamier, les trésors de sympathie et de dévouement dont le ciel l'avait douée, rétablirent la bonne harmonie; j'en trouve le témoignage dans cette lettre écrite quelques semaines après celle que nous avons citée plus haut.