Livre V · Livre V (suite)
La reine Hortense → Mme Récamier, Ce vendredi matin
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Ce vendredi matin.
« Ma chère Madame; il semble qu'il soit attaché à ma destinée de ne pouvoir jouir de quelque plaisir, distraction, ou intérêt, que la douleur ne soit toujours là. J'ai reçu des nouvelles de mon frère; il a été souffrant, on m'assure bien qu'il était mieux au départ de la lettre, mais mon inquiétude est extrême : malgré moi, je le vois toujours comme dans sa dernière maladie, et je suis loin de lui ! J'espère en Dieu qu'il ne me privera pas du seul ami qui me reste, de l'homme le meilleur et le plus loyal qui existe. Je vais à Saint-Pierre prier; cela me calmera peut-être, car je suis inquiète même de mon inquiétude. L'on devient faible et superstitieux dans le malheur. Je ne puis donc aller me promener avec vous aujourd'hui; cependant je serais heureuse de vous voir, si vous vouliez venir me rejoindre à Saint-Pierre. Je sais que vous ne craignez pas ceux qui souffrent et vous devez leur porter bonheur.
« Vous désirer à présent, c'est assez vous prouver mes sentiments pour vous.
Hortense.