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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 18 octobre 1828, Rome

Livre VII

Chateaubriand → Mme Récamier, 18 octobre 1828, Rome

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 3 min de lecture · p. 238–240 · chapitre 332 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Rome, ce 18 octobre 1828.

« Je commence cette lettre ce matin samedi, jour de poste. M'apportera-t-elle, cette poste, une lettre de vous? Je n'ose l'espérer après tous les retards qu'ont sans doute éprouvés jusqu'ici vos lettres, car certainement vous m'avez écrit. Mes dispositions d'âme ne changent point. Hier, j'ai été me promener à la villa Borghèse pour la première fois. Je dois aller chez Tenerani vous voir dans Cymodocée; mais Givré1, qui devait m'y conduire, n'a pu venir.

1. M. Desmousseaux de Givré, secrétaire d'ambassade à Rome, député sous le gouvernement du roi Louis-Philippe; homme d'un esprit peu commun, d'une âme droite et élevée, d'un caractère un peu bizarre. ↩

« La villa m'a fait plus de plaisir que tout le reste de Rome; ces vieux arbres, ces monuments délabrés, le souvenir de mes promenades solitaires dans ce lieu, m'ont ému ; et quand j'ai pensé que je pourrais dans quelques mois me promener là avec vous, j'ai été presque réconcilié avec mon sort. Mais il est clair pourtant que je ne prends plus à rien, que tout m'ennuie loin de vous et de ma retraite de la rue d'Enfer; c'est là qu'il faut que je rentre le plus tôt possible. Mme de Chateaubriand est comme moi ; elle n'aspire qu'à se retrouver au milieu de ses malades et de ses vieux amis.

« Au reste, je n'ai à me plaindre de personne. On ne peut avoir été mieux accueilli, et j'ai trouvé partout une modération de sentiments politiques que nos dévots devraient bien prendre pour exemple. Quant à la société proprement dite, je n'en sais rien encore. Tout le monde est absent ; mais on va rentrer à Rome pour la Toussaint. Les Anglais commencent à arriver. Je reçois demain en cérémonie tous les Français. Nous dînons lundi chez Mme de Celles avec Mme de Valence.

« Midi.

« Enfin je reçois une lettre de vous du 3. Jugez du bonheur qu'elle me donne! Je ne puis ajouter qu'un mot à la lettre. Des deux Français prétendus arrêtés, l'un l'a été en effet et a été remis presque aussitôt en liberté, l'autre n'a jamais subi la moindre détention. Tout cela s'est passé avant mon arrivée. Vous me parlez de l'Irlande? Je ne puis vous en parler, mais je puis vous assurer qu'on n'approuve ici rien de violent. J'attends les voyageurs que vous m'annoncez; le mariage serait une chose singulière! Mais c'est vous qui êtes pour moi le seul voyageur auquel je m'intéresse. D'ici au 1er janvier, nous saurons positivement si c'est moi ou vous qui devons nous mettre en chemin. Vous demandez mes impressions ; maintenant vous avez reçu de moi une foule de lettres qui vous disent toutes la même chose : Je suis bien triste. Venez.

« Je viens de lire le Globe du 4, qui est tout à fait trompé sur l'affaire des deux jeunes gens. Celui qui a été arrêté n'appartenait point du tout à l'Académie de France. Le Globe devrait éviter des dénonciations qui ne sont pas dignes de son impartialité; les détails qu'il donne sont de toute fausseté.

« Je vous ai écrit au sujet de Moïse que M. Taylor me demande. Je l'ai renvoyé à vous, et vous ordonnerez comme il vous plaira. Je paierai, s'il le faut et je préviendrai Ladvocat. »