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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Le duc Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 28 février 1824, Paris

Livre V · Livre V (suite)

Le duc Mathieu de Montmorency → Mme Récamier, 28 février 1824, Paris

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 70–71 · chapitre 239 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Paris, ce 28 février 1824.

« Je veux répondre depuis quelques jours, aimable amie, à votre lettre du 6. Elle m'apportait le récit de cette petite fête d'ambassadeur pour laquelle vous avez fait une exception rare, et de tous les succès d'Amélie. Je jouis de ceux-ci, sans en être étonné; mais je suis fâché de la grande fatigue qu'elle en a éprouvée. Cela vous aura rendues toutes les deux à vos paisibles habitudes, au milieu desquelles je voudrais trouver ma petite place du soir. Bien des regrets me reportent souvent vers cet hiver, que j'aurais pu passer à Rome, et que j'ai sacrifié réellement au désir prononcé de ma mère. Je ne sais vraiment si même, sous le rapport de la politique, mon séjour ici a été utile. Je suis sans doute plus au courant de beaucoup de choses qui ne s'écrivent pas, mais, sous un certain rapport qui excitait souvent votre intérêt ami, dans une situation à peu près pareille. Ces faveurs lointaines1, que j'ai su apprécier sans exagération, et dont on s'est beaucoup trop troublé ici, seraient aussi bien venues me chercher là-bas; mais ce sont là de vaines pensées. C'en est une plus réelle que de vous demander si vous songez à fixer l'époque où vous viendrez recevoir, à votre paisible Abbaye, des visites dont vous voulez bien remarquer la privation. N'allez pas attendre cette époque de la belle saison où nécessairement après la chambre je fais des absences campagnardes.

1. Le cordon de Saint-André, dont il a été déjà question. ↩

« Je vous ai parlé de chambre, elle s'annonce excellente. Les premières élections d'arrondissement dépassent tout ce qu'on attendait : sur cinquante et quelques, il y avait seulement cinq libéraux, mais très-marquants, et un entre autres que vous connais- -sez1, et dont on aurait bien pu se passer. J'imagine que cela satisfera beaucoup celui de vos amis qui m'a envoyé votre dernière lettre. Il m'a dit en avoir reçu une ; nous sommes dans les mêmes rapports gracieux et polis, mais sans intimité. J'ai été un quart d'heure au commencement de son bal, qui était très-beau, et dont on dit qu'il est lui-même ravi; ce n'est pas là ce que je lui envie.

1. Benjamin Constant. ↩

« Je pars après-demain pour aller passer quelques jours chez mon beau-frère, qui est resté triste et solitaire à la campagne.

« Je vous écrirai à mon retour, et vous renouvelle, en attendant, tous mes tendres hommages et sentiments. »