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L'Enchanteur 1768—1848

Livre VIII

Livre VIII (suite)

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 2 min de lecture · p. 500–501 · chapitre 490 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

On voit combien Me Récamier avait raison de se sentir nécessaire aux deux amis dont la santé allait s'altérant de plus en plus.

M. de Chateaubriand, atteint par une goutte molle, perdait avec rapidité l'usage de ses mains et de ses jambes. M. Ballanche ne vivait plus que de lait et de légumes; ce régime pythagoricien, le seul que pût supporter son estomac, suffisait à le soutenir, mais le laissait dans un grand état de faiblesse.

Il fallait des efforts de tous les instants, un dévouement persévérant et renouvelé chaque jour, pour relever le courage de M. de Chateaubriand de plus en plus envahi par la tristesse, et c'est pour cela que Mme Récamier faisait appel à tous les jeunes esprits; elle en faisait à leur insu ses complices dans la tâche de distraire un noble génie.

A son retour, elle trouva que le prix Gobert avait été donné par l'Académie des inscriptions à M. Ampère, et que le procès du prince Louis Napoléon allait être jugé par la chambre des pairs. Mme Récamier , quoiqu'elle n'eût gardé aucune relation personnelle avec le prince Louis depuis son voyage à Arenenberg, fut mandée à comparaître et interrogée par le juge d'instruction. Ce petit ennui ne l'empêcha pas de s'occuper du prisonnier. Elle sollicita l'autorisation de communiquer avec le prince Louis Bonaparte, et l'alla voir à la Conciergerie. Le permis de communiquer avec l'inculpé Charles-Louis Napoléon Bonaparte que j'ai sous les yeux porte la date du 12 septembre; il autorise deux visites : Mme Récamier n'en fit qu'une. Le prince parut touché de la sympathie qu'elle témoignait à son malheur, et la reconduisit aussi loin que le permirent les sentinelles. Condamné à une détention perpétuelle, et enfermé au château de Ham pour y subir sa peine, il n'oublia pas la visite qu'il avait reçue.

Deux ans après, il envoya à Me Récamier une brochure qu'il venait de faire imprimer, comme un gage du souvenir reconnaissant qu'il lui gardait. Elle l'en remercia et reçut en retour le billet suivant :