Livre VIII · Livre VIII (suite)
Le duc de Laval Montmorency → Mme Récamier, 5 septembre 1830, Aix en Savoie
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
« Aix en Savoie, 5 septembre 1830.
« Me voici dans ce lieu que nous avons habité ensemble il y a vingt- un ans passés. Quels souvenirs et quel avenir! Quelle confusion d'idées et de sentiments! Il faut refouler dans son cœur tout ce que le passé, et le préșent, et cet avenir redoutable, m'inspirent.
« Avec de la générosité dans l'âme, et peut-être de la justice, vous m'écririez quelquefois, vous sauriez vaincre cette répugnance à ouvrir votre pensée par lettres. Cette pensée, partout où elle se porte, est toujours si juste, si bien appliquée aux circonstances que vous traitez, aux personnes à qui vous vous adressez, que ce serait merveille que de recevoir de cette main une lettre tous les quinze jours. Le joug ne serait pas lourd, que de faire cet effort deux fois par mois. Pourquoi ne le feriez-vous pas:
« M. de Lamartine était parti d'ici trois jours avant mon arrivée; c'est dommage. Nous nous connaissions par lettres; il avait désiré servir avec moi, sous moi, celui1 qui n'est plus à servir, mais qui sera toujours à respecter ; il avait parlé d'une certaine lettre2 qu'il a lue ici avec une bienveillance, une exaltation de poëte; il comptait en imiter la conduite et l'esprit. Il est allé en Bourgogne où les séductions viendront le chercher. Je ne connais pas la force de son bouclier.
2. Une lettre du duc de Laval qui abandonnait la carrière diplomatique pour refus de serment. ↩
« M. Frayssinous, l'homme de sa robe le plus modéré, le plus consciencieux, le plus appréciateur des temps et des nécessités, est ici. Nous sympathisons beaucoup. Ce n'est pas non plus de l'opposition, c'est le respect de soi-même, c'est la reconnaissance, et avant tout l'effroi de l'ingratitude, qui ont porté ses pas jusqu'ici.
« Adieu ! Soyez heureuse, si vous le pouvez. Répondez-moi à Genève, où je serai de retour dans une douzaine de jours. Mes bons souvenirs à M. Ballanche et à ce qui est bienveillant pour moi autour de vous. »