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L'Enchanteur 1768—1848
Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier Chateaubriand → Mme Récamier, 11 décembre 1828

Livre VII · Livre VII (suite)

Chateaubriand → Mme Récamier, 11 décembre 1828

Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier · 1 min de lecture · p. 281–282 · chapitre 360 sur 530

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : M.Levy, 1860, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

« Jeudi, Rome, ce 11 décembre 1828.

« Eh ! bien le ricevimento s'est passé à merveilles. Me de Chateaubriand est ravie, parce qu'elle a eu tous les cardinaux de la-terre, et que de mémoire d'homme on n'avait jamais vu de ricevimento plus nombreux et plus brillant. En effet, toute l'Europe à Rome était là avec Rome. Je vous dirai que, puisque je suis condamné pour quelques jours à ce métier, j'aime mieux le faire aussi bien qu'un autre ambassadeur. Les ennemis n'aiment aucune espèce de succès, même les plus misérables, et c'est les punir que de réussir dans un genre où ils se croient eux-mêmes sans égaux. Samedi prochain, je me transforme en chanoine de Saint-Jean-de-Latran, et dimanche je donne à dîner à mes confrères. Une réunion plus de mon goût est celle qui a lieu aujourd'hui : je dîne chez Guérin avec tous les artistes, et nous allons arrêter votre monument du Poussin. Un jeune élève plein de talent, Desprez, fera le bas-relief, pris d'un tableau du grand peintre, et Lemoine fera le buste; il ne faut ici que des artistes français.

« Pour compléter mon histoire de Rome, Mme de Castries est arrivée. Hélas ! c'est encore une de ces petites filles que j'ai fait sauter sur mes genoux, comme Césarine. Cette pauvre femme est changée à faire de la peine. Ses yeux sont remplis de larmes, quand je lui rappelle son enfance à Lormois. Quelle vie désormais que la sienne, car il me semble que l'enchantement n'y est plus ; quel isolement! et pour qui, grand Dieu! Voyez-vous, ce qu'il y a de mieux, c'est de vous aimer toujours davantage, c'est d'aller vous retrouver le plus tôt possible. Si mon Moïse descend bien de la montagne, je lui emprunterai un de ses rayons, pour reparaître à vos yeux tout brillant et tout rajeuni. »